—Moins j'ai d'hommes à commander, Sire, et plus il est important que je les maintienne en état de service. Tout ceci finira-t-il par une fête ou par un combat? C'est ce que Dieu et Votre Majesté doivent savoir mieux que le vieux John Crawford.

—Vous ne prévoyez sûrement aucun danger? lui demanda le roi avec précipitation, mais en baissant la voix.

—Non, Sire; plût à Dieu que j'en prévisse! car, comme avait coutume de le dire le vieux comte de Tineman[69], danger prévu devient plus facile à éviter. Le mot d'ordre pour cette nuit, Sire, s'il plaît à Votre Majesté?

—Que ce soit Bourgogne, Crawford, en honneur de notre hôte, et d'une liqueur qui ne vous est pas indifférente.

—Je n'aurai de querelle ni avec le duc, ni avec le vin qui porte ce nom, Sire, pourvu que l'un et l'autre soient de franche composition. Bonne nuit à Votre Majesté.

—Bonsoir, mon fidèle Écossais, répondit le roi; et il entra dans son appartement.

à la porte de sa chambre à coucher il trouva le Balafré en faction.—Suis-moi, lui dit-il en passant devant lui; et l'archer, semblable à une mécanique à laquelle un ressort touché vient d'imprimer le mouvement, entra après lui dans l'appartement, s'arrêta à deux pas de la porte, et attendit, immobile et en silence, les ordres du roi.

—Savez-vous quelque chose de ce paladin errant, votre neveu? lui demanda le roi; car il a été comme perdu pour nous depuis que, semblable à un jeune chevalier qui part pour chercher ses premières aventures, il nous a envoyé deux prisonniers pour premiers fruits de ses exploits.

—Quelque chose m'en est revenu aux oreilles, Sire; mais j'espère que Votre Majesté voudra bien croire que, s'il a mal agi, il n'y a été autorisé, ni par mes préceptes, ni par mon exemple; vu que je n'ai jamais été un âne assez malavisé pour faire vider les arçons à un prince, de votre illustre maison, connaissant trop bien ma situation, et...

—Gardez le silence sur ce point, Balafré; votre neveu n'a fait que son devoir à cet égard.