—Bon! bon! dit le roi; c'est un accident occasionné par la précipitation: m'as-tu jamais vu faire attention à de pareilles bagatelles?

—Elles ne méritent pas en elles-mêmes que vous y pensiez un instant, Sire, répliqua Olivier, si ce n'est qu'elles indiquent le degré de respect que les officiers de la maison du duc remarquent en leur maître pour Votre Majesté. Soyez bien assuré que s'il avait paru désirer que rien ne manquât à votre réception, le zèle de ses gens aurait fait en chaque minute la besogne d'une journée; et montrant un bassin et une aiguière qui étaient dans la chambre:—Depuis quand, ajouta-t-il, voit-on sur la toilette de Votre Majesté des vases qui ne soient pas d'argent?

—Cette dernière remarque, Olivier, dît le roi avec un sourire forcé, se ressent trop de tes fonctions habituelles pour qu'il soit besoin d'y répondre. Il est vrai que lorsque je n'étais qu'un réfugié, un exilé, j'étais servi en vaisselle d'or par ordre de ce même Charles, qui croyait alors que l'argent était un métal à peine digne du dauphin, quoiqu'il semble le regarder maintenant comme trop précieux pour le roi de France. Eh bien! Olivier, nous allons nous mettre au lit. Nous avons pris une résolution, nous l'avons exécutée, il ne nous reste qu'à jouer bravement le rôle dont nous nous sommes chargés. Je connais mon cousin de Bourgogne: comme un taureau sauvage, il ferme les yeux quand il prend son élan; je n'ai qu'à épier ce moment, comme un des toréadors que j'ai vus à Burgos, et son impétuosité doit le mettre à ma discrétion.


[CHAPITRE XXVII.]

L'Explosion.

«En rapides sillons quand l'éclair fend la nue,
«La surprise muette et la crainte éperdue
«écoutent, en tremblant, la foudre qui mugit.»
THOMSON. L'été.

LE chapitre précédent était destiné, comme l'annonçait son titre, à faire jeter un coup d'œil en arrière pour que le lecteur fût à même de juger à quels termes en étaient le roi de France et le duc de Bourgogne quand Louis avait été déterminé à confier sa royale personne à la foi d'un ennemi exaspéré, démarche dont sa croyance à l'astronomie lui promettait un résultat favorable. Mais il s'était sans doute aussi laissé persuader par le sentiment intime de la supériorité que lui donnait sur Charles la force de son esprit. Cette résolution extraordinaire et inexplicable d'ailleurs était d'autant plus téméraire, qu'on avait eu, dans ces temps de troubles, bien des preuves que les sauf-conduits les plus solennels n'étaient plus une garantie suffisante. Et dans le fait, le meurtre de l'aïeul du duc sur le pont de Montereau, en présence du père de Louis XI, dans une entrevue dont le but était le rétablissement de la paix et une amnistie générale, offrait au duc un horrible exemple, s'il était disposé à y recourir.

Mais le caractère de Charles, quoique brusque, fier, emporté et opiniâtre, n'était pas sans un mélange de bonne foi et de générosité, si ce n'est dans les instans où il se laissait entraîner par la violence de ses passions. Ce n'est qu'aux tempéramens plus froids que ces deux vertus sont entièrement inconnues. Il ne se donna aucune peine pour faire au roi un meilleur accueil que ne l'exigeaient les lois de l'hospitalité; mais, d'une autre part, il ne montra pas le dessein de franchir les barrières sacrées qu'elles imposent.

Le lendemain du jour de l'arrivée du roi, il y eut une revue générale des troupes de Charles, et elles étaient si nombreuses, si bien armées et équipées, qu'il ne fut peut-être pas fâché d'avoir l'occasion de donner ce spectacle à son rival de puissance. Tout en lui faisant le compliment dû par un vassal à son seigneur suzerain, que ces troupes étaient celles du roi et non les siennes, le mouvement de sa lèvre supérieure et l'éclair de fierté qui brilla dans ses yeux indiquaient assez que ce discours n'était qu'une courtoisie vide de sens, et qu'il savait fort bien que cette belle armée, exclusivement à ses ordres, était aussi prête à marcher sur Paris que sur tout autre point. Ce qui devait ajouter à la mortification de Louis, c'était de reconnaître parmi les bannières celles de plusieurs seigneurs français, non-seulement de Normandie et de Bretagne, mais de provinces plus immédiatement soumises à son autorité, et qui, par divers motifs de mécontentement, avaient joint le duc de Bourgogne, et fait cause commune avec lui.