—Et comment connaîtriez-vous l'influence secrète de ces bienheureuses lumières? Vous prétendez qu'elles ne peuvent changer le cours de l'eau? Vous ignorez donc encore que la lune elle-même, la plus faible de toutes les planètes, parce qu'elle est la plus voisine de notre misérable terre, tient sous sa domination, non de simples ruisseaux comme cette Somme, mais les eaux du vaste Océan, dont le flux et le reflux suivent ses différentes phases, comme l'esclave qui obéit au moindre signe d'une sultane. Et maintenant, Louis de Valois, répondez à votre tour à ma parabole. Convenez-en, n'êtes-vous pas comme le passager insensé qui querelle son pilote parce qu'il ne peut le faire entrer dans le port sans avoir à lutter de temps en temps contre la force des vents et des courans? Je pouvais vous indiquer l'issue probable de votre entreprise comme heureuse; mais il n'était qu'au pouvoir du ciel de vous faire arriver au but; et s'il lui plaît de vous y conduire par un chemin rude et dangereux, dépendait-il de moi de l'aplanir et de le rendre plus sûr? Qu'est devenue cette sagesse qui vous faisait reconnaître hier que les voies du destin nous sont souvent utiles, lors même qu'elles sont contraires à nos désirs?
—Je m'en souviens, et tu me rappelles une de tes fausses prédictions. Tu m'avais prédit que la mission de ce jeune Écossais se terminerait d'une manière heureuse pour ma gloire et mon intérêt. Tu sais comment elle s'est terminée. Rien au monde ne pouvait me nuire davantage que l'issue de cette affaire, et l'impression qu'elle va produire sur l'esprit furieux du taureau sauvage de Bourgogne. Tu m'as donc fait un mensonge insigne. Tu ne peux trouver aucune évasion; tu ne peux me dire que les choses changeront, et me conseiller de rester assis sur le bord du fleuve, en véritable idiot, pour attendre que l'eau s'écoule. Ta prétendue science t'a donc trompé. Tu as été assez fou pour me faire une prédiction spéciale, et l'événement en a prouvé la fausseté.
—Et l'événement en prouvera la justesse et la vérité, répondit l'astrologue avec hardiesse. Je ne voudrais pas de plus grand triomphe de l'art sur l'ignorance que celui qui résultera de l'accomplissement de cette prédiction? Je vous ai dit que ce jeune archer remplirait fidèlement toute mission honorable; ne l'a-t-il pas fait? Je vous ai prévenu qu'il se ferait un scrupule d'aider un mauvais dessein; cela ne s'est-il pas vérifié? Si vous en doutez, interrogez le Bohémien Hayraddin Maugrabin.
Le roi rougit en ce moment de honte et de colère.
—Je vous ai dit, continua Galeotti, que la conjonction des planètes sous laquelle il partait menaçait sa personne de danger; n'en a-t-il pas couru? Je vous ai prédit que son voyage serait heureux pour celui qui l'envoyait, et vous ne tarderez pas à en recueillir les fruits.
—à en recueillir les fruits! s'écria le roi; ne sont-ils pas déjà recueillis? la honte et l'emprisonnement!
—Non, répondit l'astrologue: la fin est encore à venir. Votre propre bouche sera forcée d'avouer avant peu que rien ne pouvait vous être plus heureux que la manière dont votre messager a accompli sa mission.
—C'est trop d'insolence! s'écria le roi; tromper et insulter en même temps! Retire-toi, et n'espère pas que ton impudence reste impunie; il y a un ciel au-dessus de nous.
Galeotti fit un mouvement pour sortir de la chambre.
—Un instant, dit le roi: tu soutiens bravement ton imposture; réponds encore à une question, et réfléchis avant de répondre. Ta prétendue science peut-elle t'annoncer l'heure de ta mort?