Ils rentrèrent dans la maison où était logé le roi, et y trouvèrent tout dans le plus grand ordre, les diverses troupes étant déjà formées, tant dans la cour que dans le jardin. Louis lui-même était prêt à monter à cheval.
—Où allez-vous, Sire? lui demanda Crawford. Vous êtes en sûreté ici au milieu de vos soldats.
—Non pas, répondit Louis, il faut que j'aille sur-le-champ trouver le duc, et qu'il soit convaincu de notre bonne foi dans ce moment critique; sans quoi nous allons avoir sur nous en même temps les Liégeois et les Bourguignons.
à ces mots, montant à cheval, il ordonna à Dunois de prendre le commandement des troupes françaises hors de la maison, et à Crawford d'en garder l'intérieur avec ses archers. Il fit avancer quatre pièces de campagne laissées à un demi-mille en arrière, et recommanda aux soldats de tenir ferme à ce poste; mais il défendit qu'on marchât en avant, quelque succès qu'on pût obtenir. Après avoir donné ces ordres, Louis partit pour se rendre au quartier-général du duc de Bourgogne.
Le délai qui permit de faire toutes ces dispositions fut dû à un heureux hasard. Quentin, en tirant son coup d'arquebuse, avait tué le propriétaire de la maison de campagne où se trouvait le roi. Il servait de guide à la colonne destinée à l'attaquer, et sans cet événement l'attaque aurait probablement réussi.
Durward, d'après les ordres du roi, le suivit chez le duc. Ils le trouvèrent livré à des transports de fureur qui le mettaient presque hors d'état de s'acquitter des devoirs de général: et cependant l'occasion était pressante; car indépendamment d'un combat furieux qui se livrait dans le faubourg, sur la gauche de l'armée; outre l'attaque dirigée contre le quartier-général du roi, au centre, et qui était soutenue avec courage, une troisième colonne de Liégeois, supérieure en nombre aux deux autres, sortie de la ville par une brèche plus éloignée, et arrivée par des sentiers de traverse et des chemins qui leur étaient bien connus, venait de tomber sur l'aile droite de l'armée bourguignonne, qui, alarmée par leurs cris de vive la France! Montjoie Saint-Denis! mêlés à ceux de Liège! Sanglier-Rouge! et soupçonnant quelque trahison de la part de l'armée française confédérée, ne fit qu'une résistance faible et imparfaite, tandis que le duc, l'écume à la bouche, jurant et maudissant son seigneur suzerain et tout ce qui lui appartenait, criait qu'on tirât indistinctement sur tous les Français, noirs ou blancs, faisant allusion aux écharpes blanches dont les soldats du roi s'étaient entouré le bras, conformément à ses ordres.
L'arrivée du roi, accompagné seulement d'une douzaine d'archers, dont Quentin et le Balafré faisaient partie, fit rendre plus de justice à la loyauté des Français. D'Hymbercourt, Crèvecœur, et d'autres seigneurs bourguignons dont le nom était célèbre dans le métier des armes, se chargèrent de donner au combat une forme plus régulière; et tandis que les uns faisaient avancer des troupes plus éloignées que la terreur panique n'avait pas encore atteintes, les autres, se jetant dans la mêlée, ranimèrent l'instinct de la discipline, et le duc lui-même se montrait au premier rang comme un simple homme d'armes. Le roi, de son côté, agissait en général plein de sang-froid, de calme et de sagacité, qui ne cherche ni ne fuit le danger; il montra tant de sagesse et de prudence, que les chefs bourguignons eux-mêmes n'hésitaient pas à exécuter tous les ordres qu'il donnait. Enfin peu à peu on rangea l'armée en bataille, et les assaillans se trouvèrent fort incommodés par le feu de l'artillerie.
Le combat était devenu une scène d'horreur. Sur l'aile gauche, le faubourg, après avoir été vivement disputé, avait été livré aux flammes, et l'épouvantable incendie n'empêchait pas qu'on ne se disputât encore la possession des ruines embrasées. Au centre, les troupes françaises, quoique pressées par des forces très-supérieures, maintenaient un feu si constant et si bien nourri, que la lust-haus semblait entourée de rayons de lumière comme la couronne d'un martyr. Sur la gauche, la victoire était contestée avec acharnement, et les deux partis gagnaient ou perdaient successivement du terrain, suivant qu'il arrivait aux Liégeois des renforts de la ville, ou aux Bourguignons des corps de réserve.
On se battit ainsi avec une fureur sans relâche pendant trois mortelles heures qui amenèrent enfin, le lever de l'aurore, tant désiré par les assiégeans. Les efforts de l'ennemi, au centre et sur la droite, semblaient alors se ralentir, et l'on entendit plusieurs décharges d'artillerie partir du quartier-général du roi.
—Bénie soit la sainte Vierge! s'écria Louis dès que ce bruit frappa ses oreilles. Les pièces de campagne sont arrivées, et il n'y a rien à craindre pour la lust-haus. Se tournant alors vers Quentin et le Balafré:—Allez dire à Dunois, leur dit-il, de se porter avec tous nos hommes d'armes, à l'exception de ceux qui sont nécessaires à la défense de la maison, entre l'aile droite et la ville, afin d'empêcher la sortie des renforts que ces obstinés Liégeois envoient à chaque instant à l'armée.