—Mais, s'écria Crèvecœur, quoique l'oncle soit un gentillâtre Écossais, cela ne prouve pas que son neveu, le fils de sa sœur, soit issu de bonne race.

—Il est de la maison de Durward, dit Crawford, descendue de cet Allan Durward qui fut grand intendant d'écosse.

—Ah! si c'est le jeune Durward, s'écria Crèvecœur, je n'ai plus rien à dire. La fortune se prononce trop décidément en sa faveur pour que je veuille lutter plus long-temps contre cette divinité capricieuse.

—Il nous reste à savoir, dit le duc d'un air pensif, quels pourront être les sentimens de la belle comtesse à l'égard de cet heureux aventurier.

—De par la messe! répondit Crèvecœur, je n'ai que trop de raisons pour pouvoir assurer Votre Altesse qu'elle la trouvera, en cette occasion, beaucoup plus docile à votre autorité qu'elle ne l'a été jusqu'ici.—Mais pourquoi l'avancement de ce jeune homme me donnerait-il de l'humeur? J'aurais grand tort, puisque c'est à l'esprit, au courage et à la fermeté qu'il doit la BEAUTÉ, le RANG et la RICHESSE.


[CONCLUSION.]

J'AVAIS déjà envoyé à l'imprimeur les feuilles qui précèdent, et dont le dénouement offre, à ce qu'il me semble, une excellente leçon morale, pouvant servir d'encouragement à tous émigrans aux yeux bleus, à cheveux blonds et à longues jambes, de mon pays natal, qui pourraient être tentés, dans quelques momens de troubles, d'embrasser l'honorable profession de cavalier de fortune. Mais un ami, un sage conseiller, un de ces gens qui aiment le morceau de sucre qui reste au fond d'une tasse de thé, autant que la saveur du meilleur souchong[86], m'a adressé, à ce sujet, une remontrance pleine d'amertume, et insiste pour que je donne une relation détaillée et circonstanciée des épousailles du jeune héritier de Glen-Houlakin et de l'aimable comtesse flamande; il veut que j'apprenne aux lecteurs curieux combien de tournois eurent lieu en cette occasion intéressante, et combien de lances y furent rompues; enfin, que je leur fasse savoir le nombre des vigoureux garçons qui héritèrent de la valeur de Quentin Durward, et celui des charmantes filles en qui Isabelle de Croye vit renaître ses charmes.

Je lui ai répondu par le même courrier que les temps étaient changés, et que la publicité des cérémonies du mariage était tout-à-fait passée de mode. Il fut un temps, et il n'est pas si éloigné que je ne puisse m'en rappeler les traces, où non-seulement les quinze amis de l'heureux couple étaient invités à être témoins de leur union, mais les musiciens, comme dans l'Ancien Marinier[87], continuaient à branler la tête jusqu'à l'aube matinale. On buvait le sak-posset[88] dans la chambre nuptiale, on jetait en l'air le bas de la mariée[89], et l'on se disputait sa jarretière en présence de l'heureux couple que l'hymen venait de rendre une seule et même chair. Les écrivains de cette époque en suivaient la mode avec exactitude, et ils avaient raison: ils ne vous faisaient pas grâce d'un des instans où la mariée rougissait, ni d'un de ceux où son mari jetait sur elle un regard d'amour. Ils comptaient les diamans qui ornaient les cheveux de la belle, et les boutons qui garnissaient la veste brodée de l'heureux époux, et ils ne finissaient qu'après avoir placé le héros et l'héroïne dans le lit nuptial: mais ces détails ne conviennent guère aux sentimens de modestie qui engagent nos mariées modernes, douces et timides créatures, à fuir l'éclat et la pompe, l'admiration et la flatterie, et à chercher, comme le bon Shenstone[90],

La liberté dans une auberge.