—Je ne suis rien moins que politique, Sire. Par Notre-Dame d'Orléans, j'en viens au fait tout d'un coup, et je monte sur mon cheval dès qu'il est sellé. Votre Majesté doit à la maison d'Orléans au moins un heureux mariage.
—Et je le paierai, comte. Pâques-Dieu! je le paierai. Ne voyez-vous pas ce beau couple?
En parlant ainsi, Louis lui montra le malheureux duc d'Orléans et la princesse Jeanne, qui, n'osant ni rester plus éloignées du roi, ni se séparer en sa présence, marchaient sur la même ligne, quoique leurs chevaux fussent à un intervalle de deux ou trois pas l'un de l'autre, distance que la timidité d'une part et l'antipathie de l'autre ne leur permettaient pas de diminuer, tandis que la crainte les empêchait réciproquement d'oser l'augmenter.
Dunois porta les yeux dans la direction que le roi donnait à son bras en lui parlant; et comme la position de son infortuné parent et de sa fiancée présentait à son imagination l'idée de deux chiens accouplés ensemble, mais marchant séparés l'un de l'autre autant que le leur permet la longueur de la laisse qui les accouple, il ne put s'empêcher de secouer la tête, quoique sans oser répondre autrement au tyran hypocrite.
Louis parut deviner ses pensées.—Ce sera un ménage paisible et tranquille, dit-il; je ne crois pas que les enfans leur donnent beaucoup d'embarras; mais ce n'est pas toujours un bonheur d'en avoir.
Ce fut peut-être le souvenir de son ingratitude envers son propre père, qui fit que le roi garda un instant de silence après avoir prononcé ces derniers mots, et qui changea presque en expression de repentir le sourire ironique arrêté sur ses lèvres; mais un moment après il reprit la parole sur un autre ton.
—Franchement, mon cher Dunois, malgré mon respect pour le saint sacrement du mariage, dit-il en faisant un signe de croix, plutôt que de voir le royaume déchiré comme l'Angleterre par la rivalité des prétentions légitimes à la couronne, je préférerais ne devoir à la maison d'Orléans que de braves soldats comme ton père et toi, dans les veines desquels coule le sang royal, mais sans vous en donner les droits. Le lion ne devrait jamais avoir qu'un lionceau.
Dunois soupira et garda le silence; car il savait qu'en contredisant un monarque si arbitraire, il ne pouvait que nuire aux intérêts de son parent, sans lui rendre aucun service. Cependant il ne put s'empêcher d'ajouter l'instant d'après:
—Puisque Votre Majesté a fait allusion à la naissance de mon père, je dois convenir que, mettant à part la fragilité de ses pareils, on doit le regarder comme plus heureux, plus fortuné, d'avoir été le fils de l'amour illégitime, que s'il eût été celui de la haine conjugale.
—Tu es un compagnon bien hardi, Dunois, dit le roi; de parler avec tant d'irrévérence de ce nœud sacré! mais au diable cette conversation: le sanglier est débusqué. Lâchez les chiens, au nom du bienheureux saint Hubert. Ah! ah! tra la la li râla!