—Et qui a vu Son éminence le cardinal? demanda Louis. Il me semble que c'est manquer de politesse, et montrer peu d'égards pour la sainte église, que de le laisser à pied dans cette forêt.

—Si Votre Majesté me le permet, dit Durward, qui vit que tout le monde gardait le silence, je lui dirai que j'ai vu Son éminence sortir de la forêt, montée sur un cheval qu'on lui avait prêté.

—Le ciel prend soin de ceux qui lui appartiennent, dit le roi. Allons, messieurs, partons; nous ne chasserons pas davantage aujourd'hui. Sir écuyer, ajouta-t-il en s'adressant à Quentin, donnez-moi mon couteau de chasse: je l'ai laissé tomber près du sanglier. Marchez en avant, Dunois; je vous suis dans un instant.

Louis, dont les mouvemens les moins importans en apparence étaient souvent calculés comme des stratagèmes de guerre, se procura ainsi l'occasion de dire un mot à Durward en particulier.

—Mon brave Écossais, lui dit-il, tu as des yeux, à ce que je vois. Peux-tu me dire qui a donné un cheval au cardinal? Quelque étranger, sans doute; car mes courtisans, m'ayant vu passer devant lui sans m'arrêter, ne se seront sûrement pas pressés de lui rendre ce service.

—Je n'ai vu qu'un instant ceux qui ont rendu ce bon office à Son éminence, Sire, répondit Quentin; car j'avais eu le malheur d'être jeté à bas de cheval, et je faisais hâte pour me trouver à mon poste; mais je crois que c'était l'ambassadeur de Bourgogne et ses gens.

—Ah, dit Louis, fort bien: eh bien! soit, le roi de France est en état de faire leur partie.

Il ne se passa plus rien de remarquable ce jour-là, et le roi rentra au château avec sa suite.


[CHAPITRE X.]