— Dans celle de vos ennemis, monsieur, de vos ennemis mortels, à moins que vous ne rendiez justice à l'instant même à votre bienfaiteur, à mon père, et que vous ne restituiez ce que vous lui avez enlevé.

— Et à qui, s'il vous plaît, M. Osbaldistone, moi qui ai un intérêt dans la maison de commerce de votre père, dois-je rendre compte de mes opérations dans des affaires qui sont devenues les miennes? Ce n'est sûrement pas à un jeune homme à qui son goût exquis en littérature rendrait ces discussions fatigantes et inintelligibles?

— Une ironie, monsieur, n'est pas une réponse. Je ne vous quitterai pas que vous ne m'ayez donné pleine satisfaction. Il faut que vous me suiviez chez un magistrat.

— Très volontiers.

Il fit quelques pas comme s'il avait eu dessein de m'y accompagner, et puis s'arrêtant tout à coup:

— Si j'étais porté à faire ce que vous désirez, vous verriez bientôt lequel de nous a plus de raisons pour craindre la présence d'un magistrat. Mais je ne veux pas accélérer votre destin. Allez, jeune homme, amusez-vous de vos visions poétiques, et laissez le soin des affaires à ceux qui les entendent et qui sont en état de les conduire.

Je crois que son intention était de me provoquer, et il en vint à bout. — M. Rashleigh, lui dis-je, ce ton de calme et d'insolence ne vous réussira point. Vous devez savoir que le nom que nous portons tous deux ne subit jamais volontairement l'humiliation, et jamais il ne sera exposé en ma personne.

— Vous me rappelez qu'il l'a été dans la mienne, s'écria-t-il en me lançant un regard féroce, et par qui il a été souillé de cette tache. Croyez-vous que j'aie oublié la soirée où vous m'avez impunément outragé à Osbaldistone-Hall? Vous me rendrez raison de cet outrage qui ne peut se laver que dans le sang; nous aurons aussi une explication sur l'obstination avec laquelle vous avez toujours contrarié mes desseins, et sur la folle persévérance qui vous porte à contrecarrer en ce moment des projets qui vous sont inconnus, et dont vous êtes incapable d'apprécier l'importance. Un jour viendra, monsieur, où vous aurez à m'en rendre compte.

— Quand ce jour sera arrivé, monsieur, vous me trouverez tout disposé. Mais parmi vos reproches vous oubliez le plus important: j'ai aidé le bon sens et la vertu de miss Vernon à démêler vos artifices, à reconnaître votre infamie.

Je crois qu'il aurait voulu m'anéantir par les éclairs qui partaient de ses yeux. Cependant le son de sa voix ne perdit rien du calme qu'il avait affecté pendant cette conversation.