Oui, son maître n'est plus! sous ce toit solitaire,
Hommes, chiens et chevaux, aujourd'hui tout est mort!
Lui seul survit, achevant sa carrière
Dans le château d'Ivor.
WORDSWORTH.
Il existe peu de sensations plus tristes que celles que nous éprouvons quand nous revoyons déserts et abandonnés des lieux qui nous avaient offert autrefois des scènes de plaisir[145]. En me rendant à Osbaldistone-Hall, je rencontrai les mêmes objets que j'avais vus ce jour mémorable où j'étais revenu avec miss Vernon d'Inglewood-Place. Son souvenir me tint compagnie pendant tout le chemin. Quand je passai près de l'endroit où je l'avais vue la première fois, je croyais presque encore entendre les cris des chiens, le bruit des chevaux, le son des cors, et je portais involontairement les yeux sur la colline d'où je l'avais vue descendre, comme si je devais m'attendre à une nouvelle apparition. Mais quand j'arrivai au château, le profond silence qui y régnait, toutes les fenêtres fermées, l'herbe qui avait crû dans les cours, tout m'offrait un contraste mélancolique avec la gaieté bruyante dont j'avais tant de fois été témoin lors du départ pour la chasse.
Un silence éternel semblait avoir succédé aux aboiements des chiens impatients, au hennissement des chevaux, aux cris des piqueurs et au gros rire du bon sir Hildebrand à la tête d'une suite nombreuse.
En promenant mes regards sur cette scène déserte et muette, je ne pus songer sans regret même à ceux à qui à cette époque il ne m'avait pas été possible d'accorder mon attention. Il y avait quelque chose de déchirant dans la pensée que toute cette famille composée de fils robustes et bien constitués avait été en si peu de temps précipitée dans le tombeau par différents genres de mort violente et inattendue. C'était une bien faible consolation pour moi que de me dire que je rentrais comme propriétaire dans un lieu que j'avais quitté presque en fugitif. N'étant pas habitué à me regarder comme le maître de tout ce qui m'entourait, je me considérais presque comme un usurpateur, au moins comme un étranger indiscret, et je pouvais à peine me défendre de l'idée que l'ombre de quelqu'un de mes cousins allait apparaître, comme un spectre gigantesque des romans, pour me disputer l'entrée du château.
Tandis que ces pensées m'occupaient, André s'évertuait à frapper à coups redoublés à toutes les portes, appelant en même temps d'un ton assez haut pour faire sentir l'importance qu'il croyait avoir en se présentant comme premier écuyer du nouveau seigneur du domaine. Enfin Antoine Syddall, vieux sommelier et majordome de mon oncle, se montra à une fenêtre basse garnie de barreaux de fer, et nous demanda ce que nous désirions.
— Nous venons vous relever de garde, dit André. Vous pouvez me remettre vos clefs, mon vieil ami, chaque chien a son jour. Je vous débarrasserai du soin de l'argenterie et de la cave. Il n'y a point de fève qui n'ait son point noir, et l'on trouve une ortie dans chaque sentier: ainsi vous pourrez prendre au bas bout de la table la place qu'André avait autrefois.
Étant parvenu à imposer silence au bavard, j'expliquai à Syddall la nature de mes droits, et lui dis de m'ouvrir le château, qui était maintenant ma propriété. Le vieillard parut fort agité, et, quoique d'une manière humble et soumise, montra beaucoup de répugnance à m'obéir. J'en attribuai la cause à son attachement pour ses anciens maîtres; ce sentiment l'excusait, et lui faisait honneur à mes yeux.
J'insistai cependant pour qu'il m'ouvrît, et je lui dis que son refus m'obligerait à recourir au warrant du juge Inglewood, et à demander l'assistance d'un constable.
— Nous étions ce matin chez M. Inglewood, dit André pour appuyer sur ma menace, et nous avons rencontré en chemin Archie Rudledge le constable. Le pays est maintenant soumis aux lois, M. Syddall; les papistes et les rebelles n'y sont plus les maîtres comme autrefois.