— Vous plaisantez, miss Vernon!
— Non, je vous assure. La chose est comme je vous le dis.
— Et me croyez-vous capable, m'écriai-je dans un transport d'indignation que je ne cherchai pas à dissimuler; me croyez-vous capable de mériter une pareille accusation?
— Oh! mon Dieu, quelle horreur! vous m'en demanderiez raison, je crois, si j'avais l'avantage d'être homme. Mais qu'à cela ne tienne: provoquez-moi, si vous le voulez. Je suis en état de me battre aussi bien que de franchir une barrière.
— Dieu me préserve de manquer de respect au colonel d'un régiment de cavalerie, lui répondis-je, honteux de mon emportement, et cherchant à tourner la chose en plaisanterie… Mais, de grâce, expliquez-moi ce nouveau badinage.
— Ce n'est pas un badinage; vous êtes accusé d'avoir volé cet homme, et mon oncle et moi nous avions cru l'accusation fondée.
— En vérité, je suis fort obligé à mes amis de la bonne opinion qu'ils ont de moi!
— Allons, cessez, s'il est possible, de tant vous agiter et de humer l'air comme un cheval ombrageux… Avant de prendre le mors aux dents, écoutez au moins jusqu'au bout… Vous n'êtes pas accusé d'un vol honteux… bien loin de là. Cet homme est un agent du gouvernement. Il portait tant en numéraire qu'en billets l'argent destiné à la solde des troupes en garnison dans le nord; et le bruit court qu'on lui a pris aussi des dépêches d'une grande importance.
— Ainsi donc c'est d'un crime de haute trahison, et non pas d'un vol, que je suis accusé?
— Oui, sans doute, et c'est un crime qui, comme vous le savez, couvre souvent de gloire, aux yeux de bien des gens, celui qui a le courage de l'exécuter. Vous trouverez une foule de personnes de ce pays, et cela sans aller bien loin, qui regardent comme un mérite de nuire, par tous les moyens possibles, au gouvernement de la maison de Hanovre.