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Une excursion des Pyramides de Gîseh au Sakkâra est délicieuse. Longeant le désert pendant une heure ou deux, nous dépassons les Pyramides de Zâniyer, et, continuant notre course pendant le même espace de temps, nous rencontrons encore tout un groupe de pyramides: mais, tout pleins de celles de Chéops et de Képhren, nous jetons un coup d'œil à peine indulgent sur ces monuments trop ruinés. Le paysage, à droite, est en contraste frappant avec celui de gauche: d'un côté, la réverbération crue du grand désert; de l'autre, une végétation fraîche et reposante. La large bande de couleur est coupée çà et là par des villages et par le ruban gris des routes. Les collines du désert arabe, beaucoup plus imposantes que celles qui nous cachent le grand Sahara, constituent un fond très pittoresque. L'Égypte est en vérité «le Don de la Rivière».

Une race à part peuple cette contrée. Le Bedari est très différent du fellah. Les Bédouins établis autour des Pyramides depuis des siècles sont méprisés par leurs frères nomades; ils ont d'ailleurs perdu les qualités et les traits génériques qui rendent ces derniers si intéressants.

Nous arrivons bientôt en vue du village de Mit Rahîneh, qui s'élève sur le site de Memphis.

Des ornières dans le sable nous obligent à choisir avec précaution notre chemin, et les sombres ouvertures des tombes creusées dans les falaises basses, nous montrent que nous sommes dans un vaste cimetière. Des débris de tombes violées jonchent le sol, mais la brillante lumière et le scintillement du terrain sablonneux et sec font diversion au sentiment d'horreur que nous ne manquerions pas d'éprouver à la vue d'un cimetière européen ainsi profané. La Pyramide à marches, entourée d'autres pyramides plus petites, domine la scène.

Après le déjeuner, on nous conduit au Sérapenen. Je n'ai point l'intention de m'étendre sur l'intérêt archéologique que présentent les monuments célèbres groupés sous ce nom. La façon dont Mariette découvrit les tombes d'Apis, en lisant un passage de Strabon, est racontée par Amélia H. Edwards dans son livre Mille lieues sur le Nil. Les impressions de cet auteur sur sa visite au Sakkâra me dispensent de rien ajouter sur ce sujet. Je n'ai d'ailleurs pas de souvenir notoire de ma promenade sous les voûtes basses, pauvrement éclairées, qui contiennent les sarcophages des taureaux sacrés.

La tombe de Tyi, qui fait époque dans l'histoire de l'art, m'a intéressé davantage. Les bas-reliefs qui ornent les murailles de ce sépulcre de la cinquième dynastie, peuvent se comparer aux travaux d'art plus solides de la dix-huitième dynastie. Le développement de l'Égypte ne fut point continu. Parvenu à son apogée au cinquième siècle, il déclina, puis cessa presque d'être pendant les siècles suivants; il reprit à nouveau au onzième siècle, pour s'arrêter complètement pendant les âges sombres de Hyksos. Mais l'Art, en cette race privilégiée, semble être immortel, car à peine les Thothiens eurent-ils débarrassé leur pays des tyrans étrangers, qu'il reconquit rapidement sa gloire passée et la surpassa, avant que Ramsès II ne le pliât au joug de sa glorification personnelle.

Ici, de même que dans les œuvres vues à Debr-el-Bahri, la qualité de la pierre a permis le travail le plus délicat, et les silhouettes, dans les deux cas, sont fermement et purement dessinées, bien que le relief en soit très léger. Comme elles sont très colorées, un relief plus accentué était inutile. Malgré le grand laps de temps qui sépare les deux œuvres, beaucoup de caractéristiques semblables se retrouvent dans le temple de Hatshepsu, à Dîr-el-Bahri, et il est évident que l'art de ce temple n'est que le développement de celui de ces peintures murales.