Nous reviendrons plus longuement sur l'œuvre de la dix-huitième dynastie qui, quoique plus subtile et plus fine, nous étonne moins que ces admirables reliefs de Tyi, qui sont les premières manifestations d'un art vivant, survenant après une période de décadence. L'étude des tombes de Sakkâra nous apprend à apprécier la collection unique du musée du Caire que la nécropole a enrichi de plus d'une œuvre rare.
En allant à Bedrashîu, où nous prenons le train pour le Caire, nous remarquons des monceaux de ruines qui marquent l'emplacement de Memphis, et les deux colossales statues de Ramsès II. Les villages que nous rencontrons, avec leurs combumbarius en forme de gigantesques pylônes et leur épais rideau de palmiers, sont un peu élevés au-dessus du niveau de la plaine, et, de loin, paraissent autant d'îles sur une mer d'émeraude. Pendant la crue du Nil, ils deviennent vraiment des îles au sol merveilleusement fertile. Des troupeaux qu'on ramène du pâturage, et bien d'autres pittoresques scènes champêtres, rappellent les peintures murales du temple de Tyi, auxquelles elles servirent de modèles, peut-être, il y a quelque mille ans. Ces étendues de champs verts se prêtent pourtant encore mieux à être peints lorsque le soleil a doré les épis, et que la moisson est en train. Les instruments aratoires perfectionnés sont peu connus ici, et le travail du fellah se fait à peu près de la même manière qu'il se faisait au temps des Pharaons.
Les femmes, revenant de la rivière, des cruches pleines sur la tête, sont vêtues comme leurs sœurs des villes, mais non voilées. Le yashmak rendrait leur dur labeur intolérable. Mais elles détournent les yeux en rencontrant des Firangi, ou ramènent sur leur visage le voile qui coiffe leur tête, preuve que l'antique loi vit toujours en elles.
Le paysage, pendant les 15 kilomètres de voyage en chemin de fer, est magnifique; les lueurs du couchant donnent un vif relief au Gebel Turra, et au delà de Helouan, sur la rive du Nil, de délicates ombres violettes estompent les masses rocheuses sur le fond de ciel noyé d'or. Les villages se silhouettent finement contre la pénombre du désert Lybien, et les groupes de palmiers se dressent dans l'air calme. Avant d'arriver au Caire, les rails suivent la rive; la lumière, rosée à présent, idéalise les voiles des gyassas et se répète, en ton plus doux, sur les lointaines collines du Mokattam. Près de Zîreh, le clair-obscur prête son mystère à quelques personnages sur le bord du Nil, et la petite ville elle-même, peu intéressante à la lumière crue du jour, s'enveloppe à cette heure d'un charme délicat. Peu après, nous arrivons au Caire, fatigués, mais heureux de cette belle soirée qui couronne une passionnante journée.