[Image plus grande]

On s'habitue difficilement à dormir à la belle étoile. Des chiens qui aboyaient à intervalles réguliers, me firent prévoir une nuit blanche. Tout d'abord, intéressé par la nouveauté de mon entourage, je considérai cette perspective sans ennui. L'air était délicieusement frais et la lune faisait paraître les rochers environnants plus majestueux encore. A un certain moment, les chiens se taisant, j'eus la sensation de tomber dans une agréable inconscience. Mais le hurlement d'un chacal réveilla les chiens: ombres de Thèbes, quel vacarme! Enfin, je parvins à m'endormir. Je rêvai que le vacarme avait éveillé les morts et que de chaque tombe les momies sortaient. Bientôt, je crus être moi-même une momie. La pierre tombale qui me recouvrait essayait de se soulever. A chacun de ses efforts, un frisson mortel me secouait. Une étrange sensation de liberté reconquise, comme si la pierre se fût tout à coup envolée, m'arracha à mon sommeil, et j'observai qu'une lourde couverture tunisienne venait de tomber de mon lit, enlevée par un coup de vent violent. Dans mes efforts pour la rattraper, je me cognai contre un des gardiens de nuit qui était accouru à mon secours et qui m'aida à la reprendre. Nous en couvrîmes le lit, en l'assujettissant au moyen de lourds morceaux d'une statue d'Osiris. J'avais les yeux et les oreilles pleins de gravier et de poussière et le cou égratigné. Des appels désespérés retentirent l'instant d'après: le Major, empêtré dans les toiles qui protégeaient sa couchette, cherchait à se dégager et appelait à l'aide. Puis, ce fut Dennis qui, ne voulant pas risquer d'être enseveli sous sa tente, allait chercher un refuge dans la hutte. On éveilla Currelly à grand'peine!... Griffith et Dennis s'arrangèrent pour passer le reste de la nuit dans la hutte; quant à Currelly et à moi, la tête enveloppée dans de vastes mouchoirs, nous réintégrâmes nos lits et, bercés par la tourmente, nous nous abandonnâmes de nouveau au sommeil.

Le soleil, se levant sur les collines au delà de Luxor, m'éveilla. Le vent était complètement tombé.

Des groupes d'ouvriers apparurent bientôt, silhouettes sombres dans la brume lumineuse du levant. A sept heures, trois cents hommes et jeunes garçons étaient rangés près du camp et répondaient à l'appel de Mohammed Effendi. Je pus enfin procéder à une toilette en règle. Cette nuit au grand air m'avait affamé et j'aurais embrassé Bulbul lorsque, devinant mes désirs, il m'apporta une tasse de thé. Ce nom de Bulbul ne m'étant point connu, j'interrogeai le jeune garçon. Il m'avoua que ce nom était celui d'un oiseau qui chante très bien (le rossignol, ainsi que je le compris plus tard), et qu'on l'avait surnommé de la sorte en raison de son talent de chanteur.

CHAPITRE XIII
LE TEMPLE D'AMMON

Comment on obtient une empreinte d'un bas-relief. || Une pyramide sur un temple. || La mystérieuse Vache de Hathor. || Quelques détails historiques autour du temple de la reine Hatshepsu. || «L'Expédition en Pont».

Après le déjeuner, j'allai avec Currelly au temple de Hatshepsu, pour me rendre compte de la manière dont on pourrait relever le contour des bas-reliefs sans endommager les murailles. Nous nous fîmes accompagner de quelques ouvriers que mon ami savait être experts dans la fabrication des fausses antiquités, et nous nous munîmes de cire à modeler et de feuilles de papier d'étain. Choisissant pour notre expérience un bas-relief des plus simples, nous le couvrîmes d'une feuille de papier d'étain, et, avec une légère pression, nous obtînmes le dessin des contours. Les contours les plus accentués furent obtenus à l'aide d'une brosse de crin avec laquelle nous fîmes pénétrer partout la feuille de métal souple. La cire, après avoir été chauffée au soleil, fut placée sur la feuille d'étain, puis nous attendîmes que le froid de la pierre l'eût à nouveau durcie.

Il fallut ensuite retirer le moule avec son revêtement de cire et le poser sur une surface unie. Ceci fait, nous obtînmes un bas-relief argenté qui nous parut très satisfaisant et le Quies keteer des fabricants d'antiquités nous fit grand plaisir. Le moule fut emporté à la hutte, et, après l'avoir enduit de graisse, j'en pris une empreinte au plâtre. Nous laissâmes le plâtre se durcir à son tour et nous allâmes voir ce qui se passait dans le nuage de poussière qui flottait au-dessus des fouilles, à gauche du temple de Hatshepsu.