La contrée de Pont est regardée comme le berceau des dieux; les égyptologues la placent à l'extrême-est de l'Afrique, connu à présent sous le nom de Somaliland; de temps immémorial on y récoltait la myrrhe dont on offrait l'encens sur les autels. Planter de myrrhe les terrasses de son temple, devint l'ambition de la reine. Cinq navires furent équipés et envoyés sur le Nil, à un endroit où un canal relie le fleuve à la mer Rouge. Ils sont représentés dans la colonnade portant la désignation de l'Expédition en Pont et une large raie bleue qui se déroule au-dessous figure l'eau où se jouent de nombreux poissons du Nil. Lorsque ces mêmes vaisseaux sont représentés sur les côtes de Pont, les poissons particuliers à la mer Rouge figurent à leur tour. Des hommes chargés d'arbres à myrrhe gravissent les échelles des navires; un lourd chargement se trouve déjà embarqué, et quelques singes se promènent çà et là. La structure et la mâture de ces vaisseaux sont rendues avec une étonnante fidélité.

Des hiéroglyphes relatant cette expédition couvrent les espaces vides de l'arrière-plan.

Le sujet de la muraille sud nous transporte dans la contrée de Pont. Les envoyés de la Reine sont reçus par le souverain de la contrée; la pierre où est représentée l'énorme épouse du souverain, ne se trouve malheureusement plus ici; elle est au Musée du Caire. Des bestiaux à cornes courtes sont offerts au roi; un village de Pont bâti sur pilotis, sert de fond. Ailleurs, des indigènes transportent les arbres sur les navires; leur type, très différent de celui des Égyptiens, a sans doute été minutieusement observé d'après les quelques habitants de Pont qui accompagnèrent l'expédition à son retour à Thèbes. Beaucoup de pierres manquent, elles se trouvent dans les différents musées européens.

La couleur a disparu des portions de la muraille qui furent exposées aux intempéries. Les ocres rouges et jaunes ont résisté à la lumière, mais sont parfois éraflés par les tourbillons de sable. Les parties noires qui ont été exposées au soleil sont entièrement effacées, ainsi que les bleus et les verts que l'on ne retrouve que dans les creux profonds.

Là où les peintures ont été protégées du soleil, de la pluie et du vent, elles ont gardé toute la fraîcheur de coloris qu'elles avaient il y a trois mille cinq cents ans, lorsqu'elles furent exécutées par les artistes à la solde d'Hatshepsu.

Il semble n'y avoir eu que peu de mélange de couleurs. Les artistes employaient une nuance conventionnelle pour chaque objet représenté par le relief, sans faire aucun effort pour employer la teinte exacte; mais il y a dans l'ensemble beaucoup de richesse et de pittoresque. Çà et là, la pluie et la lumière, en atténuant les tons, ont mis sur ces bas-reliefs une patine admirable.

M. Somers Clarke, architecte honoraire de la Société d'Exploration Égyptienne, a reconstitué les fragments absents de la colonnade sur laquelle se trouvent ces bas-reliefs uniques, et M. Howard Carter a passé deux années à surveiller les travaux. Il reste davantage à faire pour protéger des intempéries les bas-reliefs de la troisième terrasse, mais on me dit que ce travail sera bientôt entrepris.