CHAPITRE XIV
PARMI LES TEMPLES

Les Temples ont successivement servi a des Cultes divers. || L'inscription d'un prêtre chrétien. || Le petit temple de Der-el-Medineh. || Détails archéologiques. || «Ce monde n'est pas une ville durable.»

Dans l'espace couvert par les deux temples dont nous venons de parler, à Dêr-el-Bahri, on peut étudier l'art et la vie de ce peuple intéressant tels qu'ils se développèrent pendant une période de trois mille ans.

Senmut, l'architecte du temple de Hatshepsu, ne put terminer son œuvre avant la mort de la Reine, et comme il était un de ses partisans, il dut probablement prendre la fuite lorsque Thothmès III saisit à nouveau les rênes du Gouvernement. Des restaurations furent faites par la dynastie suivante, sous Ramsès II, mais elles font preuve d'un déclin marqué dans le sens artistique. Un sanctuaire fut ajouté sur la troisième terrasse sous les Ptolémées, et nous pouvons comparer cet ouvrage avec ceux de la dix-huitième dynastie. La nature de la pierre sablonneuse qui servit à la construction de ce sanctuaire explique probablement le manque de finesse de certains bas-reliefs. Les personnages sont traités à la manière grecque, plutôt qu'égyptienne, en tout cas la décadence de l'art est évidente. L'influence grecque est visible dans tous les monuments de l'époque des Ptolémées.

Ce même sanctuaire devint plus tard la chapelle d'une communauté chrétienne, et les murailles sont encore noircies par la fumée des torches et des cierges qui l'éclairaient durant la célébration de la messe. Cette chapelle est creusée dans le rocher, et les pierres sablonneuses formant le mur et le toit ont été évidemment employées pour résister à la pesée des pierres calcaires de la partie supérieure. On retrouve les traces d'un autel dans la table d'offrandes de Hatshepsu, et, partout où les dieux païens n'ont pas été cachés par quelque objet du culte chrétien, leur visage a été détruit.

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Les décorations anciennes ne furent point respectées. Une pierre représentant la tête de Thothmès admirablement sculptée était mise sens dessus dessous dans le mur, si l'on trouvait qu'elle s'adaptait mieux ainsi. Sur les espaces qui ne sont pas couverts d'hiéroglyphes ou de sculptures, on trouve des inscriptions en écriture cursive, hiératique ou démotique. Une prière à Esculape, en caractères grecs, fut probablement gravée par un ouvrier grec, sous le règne des Ptolémées. Plus loin, un moine copte, quelques siècles plus tard, a mis au-dessus de cette prière une croix, avec ces mots: «Dieu seul guérit».

De la terrasse supérieure, la vue est splendide. Vous avez devant vous la sauvage contrée qui forme une partie de la nécropole thébaine. La plaine fertile traversée par le Nil, se détache sur un fond de collines. A droite, se trouve le Ramesseum, avec le temple de Seti à gauche, et, de l'autre côté du fleuve, sur ses bords, apparaissent les grandes colonnades de Luxor et l'immense pylône de Karnak.