En 1894-1895, le temple entier fut mis à jour après de longs travaux dirigés par le professeur Naville et entrepris aux frais de la Société d'Exploration Égyptienne.
De mes aides, quelques-uns retournèrent bientôt à la poussière, ainsi qu'ils nommaient les fouilles. L'un de ceux qui restèrent avec moi, montra une telle habileté dans le moulage des bas-reliefs, que je le reconnus sans peine pour être, de son métier, un fabricant d'antiquités. Cet homme savait quelques mots d'anglais et je le laissais souvent parler. J'ai oublié son nom, mais je me souviens qu'on l'appelait Tyndale Koom, d'après les termes dans lesquels il s'adressait à moi, lorsqu'il voulait me faire voir son travail.
Mon second aide était un ânier qui avait abandonné son métier après la mort de sa bête. Puis venait, par ordre de distinction, un ex-forçat, individu taciturne et rude travailleur. On m'avait dit que dans un accès de colère il avait tué quelqu'un, mais qu'au fond il n'était pas méchant.
Un collaborateur important restait dans la hutte et faisait le moulage des impressions relevées par nous. Ce travail était extrêmement difficile, aucun de nous ne sachant bien se servir du plâtre de Paris. La peinture des maquettes étant moins longue que leur préparation, je pus consacrer de nombreux loisirs à mes aquarelles. Le petit temple de Ptolémée à Dêr-el-Medîneh, caché dans les replis des collines désertes à un kilomètre et demi au sud de notre vallée, fut un de mes sujets favoris. Le mot arabe Dêr, signifie couvent, et ce temple porte les traces du passage des moines coptes. Il fut élevé en l'honneur de Hathor, la déesse de la mort, et aussi de la déesse Maat. Bien que les inscriptions soient inférieures à celles de Dêr-el-Bahri, l'intérieur me parut plus propre à inspirer de pittoresques esquisses que celui de son trop célèbre voisin. Les colonnes couronnées de calyx et les initiales entrelacées de Hathor, ainsi que la porte du sanctuaire, se prêtent sous un certain éclairage à de délicieuses compositions. Des traces de couleur se retrouvent sur ces initiales, ainsi que sur le cadran solaire qui surmonte la porte.
Les temples de Ptolémée ont un grand avantage sur ceux de dates plus anciennes, c'est qu'ils sont dans un bien meilleur état de conservation; en fait, on ne peut guère leur donner le nom de ruines. A part les objets qui se trouvaient dans ces temples et qui sont maintenant dans les musées, les temples de Dendera, Esneh et Edfu n'ont guère changé depuis qu'ils ont été construits.
Il y a beaucoup à peindre à Medînet Habu, qui se trouve à quinze cent mètres au sud. Les décorations de la vingtième dynastie dans le grand temple de Ramsès III, me paraissaient extrêmement grossières après les bas-reliefs délicats de Dêr-el-Bahri. J'eus beaucoup de difficultés à reproduire les premiers bas-reliefs si peu accentués. Dans les séries de Pont, où le fond est enlevé, le relief des personnages ne dépasse guère un millimètre. Les figures de moindre importance ont à peine un demi-millimètre, quelquefois moins. Les grandes figures sur les colonnes ne se détachent pas du fond, et sont souvent à peine indiquées. A l'époque de Ramsès III, les inscriptions ont atteint une profondeur de dix à douze centimètres. Les restaurations de Ramsès II à Dêr-el-Bahri sont en relief, mais elles offrent plutôt une imitation de celles de son prédécesseur qu'un signe caractéristique de leur propre époque. La surface plus rugueuse de la pierre et les dimensions plus grandes de l'édifice expliquent probablement l'accentuation plus sensible des inscriptions, mais la crainte d'un effacement peut en être aussi la cause. Les reliefs accentués furent employés au XVIIIe siècle, mais seulement dans le cas où un effet de perspective était recherché. Le bas-relief paraît avoir disparu après le règne de Séti I. Je le retrouvai à Karnak dans un petit temple modeste de la vingt-cinquième dynastie. Quoique taillé dans de la pierre sablonneuse, le relief en était fort beau et accusait une renaissance de l'art, qui pourtant déclina rapidement pendant la domination des Perses. Quelque grossières que soient les décorations, leur dessin est souvent grandiose; j'ai vu des scènes de bataille d'un mouvement étonnant. L'art semble avoir lutté énergiquement avant de décliner pendant le règne suivant. L'espace me manque pour donner de plus amples détails, mais, dans son Histoire de l'Égypte, le Professeur Breasted relate les événements du règne mouvementé de Ramsès III, événements que le souverain fit du reste graver sur son temple monumental.
En sortant par le pylône massif, nous trouvons à notre gauche une série de petits temples qui nous représentent quatorze siècles, du règne de Hatshepsu aux derniers Ptolémées. Les murailles du temple de Hatshepsu portent des traces des luttes de cette reine avec son père, son mari et son frère, et sur ses portraits effacés, nous voyons les figures en cartouches des trois Thothmès. Ceci servit probablement d'enseignement à Ramsès III, qui fit graver très profondément les inscriptions sur son temple. Nous passons par un pylône érigé par Taharqua, de la vingt-cinquième dynastie—le Tirharkah de la Bible—et nous pénétrons dans le délicieux petit temple de Nektanebos, le dernier Pharaon de la dernière dynastie (trentième). Huit colonnes représentant des papyrus entrelacés, à chapiteaux fleuris, supportaient autrefois la toiture; deux seulement sont encore entières. Ces colonnes, reliées par un écran en pierre fouillée et se détachant sur le pylône de Taharqua, forment un charmant ensemble. Le grand pylône du dixième des Ptolémées nous conduit dans un vestibule à colonnes puis dans une large cour qui termine cette série de temples.