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La gravure ci-contre représente une peinture murale de la tombe de Nakht, un des sépulcres que l'on rencontre en allant du Ramesseum à Dêr-el-Bahri; en consultant son guide, le visiteur verra que cette tombe porte le no 125 sur le plan des tombes du Cheik Abd-el-Kurnah; il trouvera également une description des scènes représentées sur les murailles de ces tombes qui forment un groupe intéressant de la nécropole thébaine. En dehors de ce que ces peintures murales nous enseignent, nous ne savons pas grand'chose de Nakht. On le dit scribe, il était probablement prêtre d'Ammon, ou faisait partie de cette corporation puissante qui joua un rôle si important dans les destinées du Nouvel Empire. Il vécut à l'époque d'Hatshepsu, et il est évident qu'il s'intéressa vivement à ce qui devait être sa dernière demeure. Il connaissait suffisamment les dieux et déesses à têtes d'oiseaux et les jugeait sans doute à leur valeur, car il préféra entourer son esprit des scènes auxquelles son corps avait pris part. On y rencontre maintes allusions à Ammon, car la croyance en une manifestation corporelle de l'Être Suprême ne cessa d'exister, malgré le rire des augures.

Les occupations de Nakht semblent avoir été celles d'un riche gentilhomme campagnard. On le voit surveillant des travaux agricoles, depuis le labourage et les semailles jusqu'à la moisson. On le voit aussi présidant en personne aux vendanges et au pressoir. Si l'on en juge par la finesse de ces tableaux, le sport fut son plaisir favori; un panneau très décoratif le représente à la pêche, retirant ses filets, chargés d'oiseaux pris parmi les plantes aquatiques. On le voit également à table avec son épouse; dans un coin, le chat de la maison se régale d'un poisson; des musiciens et des danseuses égaient le repas.

J'ai choisi trois de ces dernières représentations parce qu'elles étaient admirablement conservées, et parce que la lumière tombant du dehors sur ce pan de muraille facilitait mon travail.

Les rochers dans lesquels ces tombes ont été taillées sont d'un grain plus rugueux que ceux de Dêr-el-Bahri; leur surface a été égalisée et cimentée avant d'être peinte. L'artiste ici n'a pas eu recours aux délicates incisions des bas-reliefs du temple de Hatshepsu, mais il a essayé de donner du relief aux figures en les ombrant légèrement. Le résultat n'est pas aussi heureux, et les éraflures et les craquelures du ciment donnent à ces fresques un air de pauvreté qu'on ne voit jamais dans les ornements taillés à même la pierre, tout endommagés qu'ils soient par le temps ou par des mains sacrilèges. On juge pourtant mieux ici de l'art du dessinateur. Ces personnages, de 40 centimètres de haut environ, sont dessinés d'une main très ferme: souvent le geste d'un bras est indiqué de deux coups de pinceau seulement. Les cordes d'une harpe semblent faciles à faire, et c'est seulement lorsque j'essayai de les tracer d'un seul coup de pinceau, comme sur l'original, que j'appréciai la dextérité de l'artiste de Nakht. Peut-être ce dernier est-il lui-même l'auteur de ces peintures, car le terme scribe signifiait probablement aussi sculpteur et peintre. Cette idée me préoccupait pendant que je travaillais dans la tombe. Les artistes qui exécutèrent les belles figures des dix-huitième et dix-neuvième dynasties devaient, à contre-cœur, substituer une tête de chacal à celle d'un homme, ou surmonter d'une tête de vache l'exquise silhouette de Hathor. Décorant sa propre tombe, Nakht put faire comme bon lui semblait, et aucune tête monstrueuse ne défigure sa dernière demeure. Les passages habituels du Livre de ce qui est en dessous du Monde ou du Livre des Portraits ne se trouvent pas ici: il en eut probablement ad nauseam au temps où il servait dans le temple. Puisse son âme errer à travers champs et vignes et se délecter aux souvenirs des joyeux festins qu'il fit sur cette terre!

Il y a quelques tombes plus importantes que celle de Nakht: je ne saurais les décrire toutes dans ce livre. Mais on ne doit pas manquer de visiter celle de Rekhmere, qui est ornée de vivantes peintures.

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Les moulages de «Pont» tiraient à leur fin, et le vent chaud rendant la température insoutenable, je me décidai à quitter la vallée de Dêr-el-Bahri. Je ne connaissais pas Abydos, et l'occasion de passer quelque temps à proximité du temple de Seti se présentant, j'acceptai avec empressement l'invitation de M. Garstang qui y dirigeait les fouilles. Le temple est situé à une douzaine de kilomètres de la rivière, juste à la limite des terrains cultivés, et la plus proche station est celle de Beliâneh. Bien que le camp ne fût qu'à 120 kilomètres environ de celui de Dêr-el-Bahri, il me fallut aller à Luxor et y passer la nuit pour pouvoir prendre un train tout au matin. Heureusement, le vent avait fraîchi, et je pus supporter la chaleur du train. Celui-ci longe la rive est du Nil pendant la plus grande partie du chemin et traverse le fleuve à Nag Hamâdeh. De fréquents arrêts aux gares où aucun voyageur ne monte ni ne descend, prolongent ce voyage pendant cinq ou six heures. Arrivé à Beliâneh, je me procurai deux ânes pour me transporter avec mon bagage à travers les terrains cultivés. Le soleil dardait ses rayons brûlants au-dessus de ma tête; il n'y avait guère qu'une semaine que les blés avaient perdu leur première couleur et déjà ils paraissaient mûrs pour la moisson. Le paysage était plus riche, plus pittoresque, et l'étendue des plaines d'or foncé donnait, par contraste, un reflet argenté aux collines désertes.