Après avoir quitté la plaine, on arrive bientôt au temple de Seti. L'intérieur de ce temple laisse une désillusion et ne se prête guère au croquis. A 400 mètres plus loin dans le désert, on rencontre le temple en ruines de Ramsès II. A l'exception de ces deux temples et du cimetière plus éloigné, rien ne subsiste de l'antique cité d'Abydos. Elle était déjà probablement en ruines lorsque Strabon visita l'Égypte, car il en parle comme de «jadis une grande ville, presque l'égale de Thèbes, mais sans importance maintenant».
Après avoir franchi quelques basses collines parsemées de débris de poterie, nous descendîmes dans une plaine sablonneuse, fermée à l'ouest par les monts du Liban. Un Union Jack flotte mollement au sommet d'une maison à un étage, construite en briques de boue: c'est le lieu de ma destination.
Les fouilles que dirige Garstang pour le compte de l'Université de Liverpool devant durer quelques années, on a jugé utile de construire des habitations confortables pour les membres de l'expédition et un dépôt pour les trouvailles. Mon hôte ayant été obligé d'aller au Caire pour quelques jours, je fus reçu par M. Harold Jones et M. Blackman qui dirigeaient les travaux en son absence. Je trouvai là également Howard Carter, venu, comme moi, pour étudier les bas-reliefs du temple de Seti. La maison, ingénieusement construite, comprenait une salle de réunion claire et fraîche et assez de chambres pour loger confortablement six personnes. Le déjeuner me prouva que Harold Jones était non seulement habile architecte, mais un parfait maître de maison. N'ayant rien pris depuis cinq heures du matin, je fis largement honneur au repas.
CHAPITRE XVII
KARNAK
Une visite au temple de Seti. || Les plus beaux documents de l'art décoratif égyptien. || Le «Khamsin» ou le Désert incendié. || Je regagne Luxor pour aller ensuite a Karnak. || Une cité de ruines, toutes en colonnades grandioses. || Le monolithe de granit rose.
Lors de ma première visite au temple de Seti, j'eus le plaisir d'être accompagné par Howard Carter, très documenté en matière d'art égyptien.
Bien que l'art fût arrivé à son apogée pendant la dix-huitième dynastie, on ne trouve aucune trace de décadence dans les bas-reliefs de ce temple, et j'incline à les regarder comme la plus grande manifestation d'art décoratif que l'Égypte nous ait donnée. Ils sont l'œuvre d'un grand artiste qui, quoique encore imbu des traditions de la dynastie précédente, y apporta le sceau de son génie personnel.
D'une manière générale, l'art était dans une période de décadence, mais non pas l'art de celui qui dessina les ornements de ces murs; quant à la partie du temple qui est couverte d'inscriptions datant de Ramsès II, la décadence y est très marquée. Les règnes de Seti et de son fils ayant été fort longs, une période de quarante à cinquante années sépara probablement l'apogée de l'art de son déclin.