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Retournant dans la galerie, nous traversons cette forêt de colonnes et nous sortons par la porte de l'est, sous le pylône d'Amenhotep III. Cette partie plus ancienne du temple d'Ammon est dans un tel état de ruines que, sans l'aide de M. Legrain, nous n'aurions pu nous y retrouver. Deux obélisques de Thothmès I, dont un seul est debout, et le piédestal d'une statue colossale qui a disparu, forment la partie frontale de ce temple de la dix-huitième dynastie. A l'origine, aucun édifice ne lui cachait la vue de la rivière. Le pylône des Thothmès n'est plus qu'un amas de ruines. Le second pylône dont il y a encore moins de vestiges, forme la façade est d'une étroite cour à colonnes, dont rien ne subsiste, si ce n'est le grand obélisque de la fille de Thothmès, Hatshepsu. Son époux, Thothmès III, en avait entouré la base de murailles qui, maintenant en ruines, nous laissent admirer dans son entier l'exquis monolithe de granit rose. C'est le plus beau des obélisques d'Égypte; il a près de cent pieds de haut, et son poids est estimé à trois mille six cents soixante-treize tonnes par le professeur Steindorf. Sur la surface polie de la pierre, on remarque des inscriptions se rapportant aux guerres de l'époque des Thothmès, à la révolution religieuse d'Ikhnaton, où la figure d'Ammon a été effacée pour être restaurée ensuite durant le règne de Seti, alors que le culte de ce dieu était fermement rétabli. Au delà, une seconde cour à colonnades de l'époque de Thothmès I, flanquée de figures d'Osiris, se prolonge vers la rivière. Passant sous un autre pylône, nous pénétrons dans l'avant-cour du sanctuaire. On remarque sur la grande porte en granit du dernier et du plus petit pylône, de belles inscriptions avec des figures caractéristiques de Nubiens et de Syriens faits prisonniers par Thothmès III. Le même Pharaon fit élever deux piliers de granit dans cette cour; le lys de la Haute Égypte se détache en un relief accentué sur l'un, face au soleil, tandis que sur la partie nord du second, nous voyons le papyrus de la Basse Égypte. J'ai pris les croquis ci-joints de l'un des appartements en ruines de la Reine Hatshepsu. La statue mutilée de Thothmès III a été placée dans le boudoir dilapidé de sa demi-sœur. Au-dessus s'élève le sanctuaire que Philippe Arrhidaeus éleva longtemps après la mort de ce couple. Le temple de la dix-huitième dynastie était déjà partiellement en ruines. Cette œuvre est un des joyaux de Karnak. Presque toute la couleur primitive a gardé son éclat et le granit dont il est fait est d'un ton merveilleux. Les inscriptions, gravées dans une pierre très dure, demeurent aussi nettes que si elles venaient d'être faites. Les murs intérieurs sont peut-être encore plus beaux. Les scènes sont généralement représentées en une teinte vert-malachite sur le fond rose de la pierre. La gravure ci-contre étant une réduction d'une aquarelle, il est très difficile de suivre les inscriptions du mur sud qui y sont représentées. Ici, elles sont généralement indiquées en rouge, mais la teinte conventionnelle des hiéroglyphes et des personnages a été profondément modifiée pour suivre une combinaison choisie de couleurs, licence que l'artiste ne se serait pas permise au moment où les souverains d'Égypte montraient plus de respect pour leurs dieux. A gauche de la gravure, nous voyons le lys de la Haute Égypte sur le pilier tronqué de Thothmès, et plus haut se dresse le grand obélisque de Hatshepsu. Ce qui reste des fenêtres du hall hypostyle est visible dans le lointain, et les tours en ruines du dernier pylône brisent la ligne de l'horizon. Quelques marches taillées dans un bloc de pierre intriguent encore les archéologues. Elles ressemblent beaucoup à celles de l'escalier qui conduit à l'autel du sacrifice, dans le temple de Hatshepsu, à Dêr-el-Bahri.

A l'est du sanctuaire, il ne reste guère que les fondations du temple de la douzième dynastie. Le temps écoulé depuis la construction de ces édifices jusqu'au moment où fut élevé le temple de Seti, embrasserait les siècles qui se sont écoulés depuis la conquête de l'Angleterre par les Normands jusqu'à nos jours.

CHAPITRE XVIII
ENCORE KARNAK

La promenade merveilleuse parmi les ruines de Karnak continue. || Le petit sanctuaire du roi éthiopien, Shabako. || Le jeune Pharaon couronné de lotus. || La déesse à tête de lionne. || Le lac sacré et l'avenue des Sphinx.

Au delà de ce temple se trouve la galerie à colonnades de Thothmès III, précédant son sanctuaire. En cherchant notre chemin à travers les ruines, nous voyons que cette galerie n'est qu'une partie d'un vaste temple. Le faîte est supporté par trente-quatre piliers carrés et une double rangée de colonnes. Ces dernières sont plutôt bizarres que belles, avec leurs chapiteaux à calice renversé et leurs fûts s'amincissant à la base. La plupart des inscriptions sont intéressantes, mais en bien mauvais état. Dans une pièce au nord du sanctuaire, les murs sont couverts de reliefs reproduisant des plantes et des animaux que Thothmès rapporta, dit-on, de Syrie. Ils sont dessinés avec ce sentiment de la forme qui caractérise l'œuvre de Dêr-el-Bahri. Les quatre colonnes qui supportaient le toit de cette pièce sont bien conservées; elles sont du type qui emprunte son modèle au papyrus, dont les boutons entourent le chapiteau.