«Ilse est demeurée trop souvent seule et le bambin a parcouru les premières années de son existence sans presque avoir connu son père.
—Triste, opina Grotthauser.
—D’autant plus triste que mon Otto courait le risque de perdre tout à fait son père. J’ai peut-être été parfois criminel en courant, comme je l’ai fait, au-devant des dangers, insoucieux, l’esprit libre, sans une pensée pour mon fils.
—Tu as dû en voir d’effroyants!
—De sévères, riposta le lieutenant de vaisseau, les yeux brillants. En même temps, il s’animait, comme s’il éprouvait un soulagement de n’avoir plus à parler de son ménage.
—Oh! tes exploits me sont connus, fit Jacob Grotthauser souriant. Les journaux en ont assez parlé pour forcer mon admiration. Mais où je ne sais plus rien de toi, c’est depuis que le malheur s’est abattu sur l’Allemagne.
—Tu veux dire depuis la débâcle?
—Oui.
—Eh bien! quelques semaines avant l’écroulement, je fus mandé au Quartier Général. Le kaiser m’avait connu à l’occasion d’une revue qu’il passa des équipages de sous-marins.
«Je crois pouvoir dire non sans orgueil qu’il m’avait en très haute considération et voulait me retenir auprès de lui pour me consulter en certaines occurrences.