Bientôt, il faut à son ardeur des horizons plus vastes. Soudain il apparaît avec son bâtiment, aux Dardanelles, y signale son passage en coulant de puissantes unités, une française, une anglaise. Mais il ne s’attarde pas dans ces parages. Rappelé par l’amirauté, il promène son invincibilité active dans les eaux irlandaises jusqu’au jour où il se classe parmi ces héros qui, par delà l’océan, sur les côtes d’Amérique, vont ouvrir la guerre contre ce que les puissances alliées appellent le droit des gens.

Pendant tout ce laps de temps, Grotthauser n’a pas trouvé l’occasion de rencontrer ou de s’entretenir avec son ami d’enfance.

L’idée lui est venue, parfois, de se mettre en relations avec Thor. Mais l’opinion qu’il professe pour les actes que le lieutenant de vaisseau accomplit avec le zèle passif d’un soldat obéissant, la conception personnelle qu’il s’est faite de la conduite de la guerre, l’ont détourné de rechercher une rencontre avec l’héroïque marin.

Il souffre de savoir que cet homme d’élite, comme il se plaît à le nommer, joue son existence pour la destruction de richesses qui, dans l’avenir, feront défaut non seulement aux ennemis, mais encore à la patrie.

Aussi a-t-il voulu tout ignorer des événements auxquels Thor s’est trouvé mêlé depuis le cataclysme et n’a-t-il même pas eu connaissance du mariage de son joyeux compagnon de jeunesse.

Cependant ce dernier éprouve le sentiment qu’il devait à son ami, sur son existence intime quelques détails, un peu plus d’expansion que n’en comportait sa courte et réticente réponse de tout à l’heure.

Grotthauser, au surplus, avait marqué par une pause dans son récit qu’il attendait à son tour des confidences.

Thor prit donc la parole:

—Je me suis marié aussitôt après notre première rencontre. Ma femme est une baronne Ballendorf. J’avais fait sa connaissance à Ostende.

«Le début de la guerre marqua, comme pour tant d’autres, le terme de notre bonheur, car je dus laisser derrière moi, à Berlin, ma femme et le fils qui venait de me naître. Depuis, je n’ai pu les revoir que pendant de courtes apparitions.