—Bonne nuit!

—A vous de même!

Le corps mince de l’aspirant s’engouffre dans le trou d’homme et Thor de Tornten reste seul avec Grotthauser, sur l’immensité de l’Océan.

—Le feu vert n’apparaît toujours pas! renseigne, avec un soupir, le commandant du submersible.

—Je m’en doute, Thor; on aurait donné l’alarme, puisque c’est à ce signal des Américains que nous devons tenter notre débarquement dans Mas-a-Tierra. En attendant, l’embarcation qui doit nous y conduire est-elle parée?

—Elle peut être armée en quelques minutes. Mais il importe de ne pas la sortir d’avance, car elle pourrait être un obstacle à une plongée accélérée dans le cas où les veilleurs de l’île viendraient à nous signaler. C’est même miracle qu’ils ne nous aient pas encore repérés. Il est vrai que tout le jour nous restons immergés... il n’y a que les hydravions anglais, qui fouillent rageusement les profondeurs de la mer, comme s’ils avaient vent du moyen mis en œuvre pour sauver le kaiser.

—Ils sont aussi malins que nous, s’égaie Grotthauser, sans cesser de surveiller l’horizon avec sa longue-vue, et si nous n’avions pas les Américains pour nous, je crois pouvoir affirmer d’abord que nous ne serions pas arrivés ici, ensuite que, si nous y étions arrivés, nous serions pris depuis longtemps. As-tu remarqué, hier soir, le Yankee qui a passé près de nous, à nous frôler, précisément au moment où nous allions plonger?

—J’avais reconnu, dans le périscope, sa nationalité américaine et je l’ai laissé venir, croyant qu’il avait peut-être une communication à nous faire.

—Il n’avait rien?

—Rien; il est reparti sous petite vapeur. C’est donc qu’aucune modification n’est survenue dans les dispositions américaines.