Le jeune homme se redresse énergique et farouche, il laisse, un instant, retomber sa longue-vue et, regardant Tornten en face, ferme et calme:
—Qu’est-ce que cela fait, commandant! ce ne serait pas la pire mort.
—Vivez plutôt, Paul, et laissez-nous la mort, à nous autres, vos aînés.
Ils se taisent ensuite, comme repris chacun par leurs propres pensées. Thor revoit la svelte image de Carry et celle de son fils, à ses côtés. Une souffrance aiguë le traverse et met une buée sur ses yeux; il pose sa jumelle et, dans le bavardage des lames, il croit entendre comme un doux murmure: «Je t’aime plus que ma vie!»
Derrière lui, quelqu’un monte, en soufflant un peu, l’échelle accédant au kiosque.
—Le quart, Paul! dit Grotthauser qui apparaît auprès des deux hommes: allez un peu vous réchauffer là-dedans.
—J’aimerais mieux rester, répond le jeune homme. Mais je vais essayer de dormir, sans quoi je n’aurais plus d’yeux quand reviendra mon tour.
Il tend sa longue-vue à l’industriel:
—Et vous, commandant, vous ne descendez pas avec moi?
—Non, Paul, je reste encore une petite demi-heure. Allez toujours.