Pourtant, la nuit s’anime de toutes parts, trouée par les flammes des projecteurs qui couronnent les crêtes sombres de l’île et dont les faisceaux lumineux se mettent à fouiller l’étendue. Des feux s’allument aux flancs de tous les navires de la flottille de surveillance et glissent vers la mer.

Il n’y a plus de doute, la poursuite de l’évadé et de ses complices est menée activement.

D’autre part, Tornten concentre en vain ses regards anxieux pour retrouver sur les flots l’emplacement du submersible, dont il n’aperçoit pas encore le signal qui a été convenu, tandis que là-bas, à l’horizon, se tend déjà le voile d’imprécise clarté qui précède le jour. Jusqu’à présent, l’obscurité de la nuit, qui ne cède pas encore, protège leur fuite; mais déjà les premières lueurs du soleil levant commencent à baigner l’orient.

Les sauveteurs, se dirigeant sur le halo lumineux qui commence d’émerger, voguent sans échanger une parole, car le vent souffle en tempête et leur coupe presque la respiration. Ils jettent des regards désespérés sur les projecteurs et les navires des poursuivants, que chaque instant rapproche. Sur le littoral, tout est rentré dans le calme, car les soldats ont dû constater que les fugitifs échappent à leurs atteintes.

—Tornten, le feu rouge! crie Sellenkamp.

L’officier sent sa poitrine dégagée du poids qui l’oppressait; c’est le signal de Kammitz, le fanal rouge indique aux rameurs la direction à suivre. Au moins, maintenant est-on sûr d’arriver au croiseur... Mais ensuite?

En effet, à bâbord, où s’ouvre la baie de Cumberland, seul mouillage praticable de Juan-Fernandez, plusieurs navires font force vapeur, cherchant à couper la route aux fuyards, tandis que leurs projecteurs en activité incessante menacent à chaque instant de repérer le sous-marin. Une lutte s’engage entre l’équipage de la baleinière et les navires de poursuite à qui atteindra le premier son but.

Thor pense un moment à relever l’aîné des Walding, qui donne des signes de lassitude; mais il y renonce quand il s’est rendu compte qu’un changement de rameur en pleine course ne peut que compromettre la vitesse. Aussi le lieutenant de vaisseau se contente-il de gouverner droit sur le fanal rouge pour éviter à ses camarades toute dépense inutile de leurs forces.

Quelques minutes s’écoulent encore, puis un appel très proche, venant du pont du submersible, arrive aux oreilles de Tornten. C’est la voix du comte Kammitz.

—Activez, les amis, avant qu’il soit trop tard, crie-t-il par-dessus l’étendue d’eau qui les sépare.