«Avant la guerre, pendant la guerre, maintenant même que le dénouement est survenu, nul autre n’aurait agi différemment de lui.

«C’est un homme, dis-je, avec toutes les faiblesses et toutes les supériorités d’un homme. Il a prêté l’oreille aussi volontiers aux bons conseils qu’aux mauvais, hélas! Je ne conteste pas que beaucoup de mal ait été commis en son nom, mais en son nom seulement et jamais de par sa volonté.

«Il n’a pas laissé faire le mal consciemment ni dans le dessein de le faire.

«Mais ce que vous ne voulez plus vous rappeler c’est qu’au nom de ce même kaiser, aujourd’hui malheureux, proscrit, il a été fait aussi beaucoup de bien à ce pays.»

Le petit homme plissa son fin visage et devint pensif.

—Il y a du vrai, un peu de vrai dans tes paroles, accorda-t-il. Il m’est arrivé souvent de me demander comment se serait conduit un autre occupant ce poste suprême où l’avait élevé l’ignorance d’un peuple et la sottise d’une tradition séculaire. Mais cette ignorance, cette sottise traditionnelle, ce sont là précisément nos fautes.

«On ne confie pas la décision sur les destinées d’un Etat, pour le mieux et pour le pire, entre les mains d’un seul homme.

«C’est la communauté qui doit y concourir.

—Tu es démocrate?

—Pis encore... Social-démocrate!