Il croit encore entendre un cri d’épouvante sortir de ses propres lèvres, puis il lui semble voir les traits énergiques de Kammitz se pencher sur son corps et tout de suite il se sent tomber dans une syncope bienfaisante, qui paralyse toute douleur et toute peine aussi bien dans son corps que dans son âme.

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Lorsqu’il s’éveille, une obscurité profonde règne tout autour de lui.

Il est incapable de se faire une idée de l’endroit où il se trouve. A tâtons, il reconnaît, sur la gauche, une paroi de bois rugueuse, à sa droite, le vide.

Il se rend compte qu’il est étendu à même le sol sur une couverture.

La tête lui fait mal et un linge humide l’emmaillotte.

Thor réfléchit. Il évoque le souvenir des derniers événements, l’odieuse vision de son contradicteur qui l’a assommé sans pitié, pour donner libre cours à sa haine en même temps qu’il a écarté en lui l’adversaire dont la volonté peut contrecarrer ses desseins et ceux de ses associés.

Et c’est sous les yeux mêmes de ses amis qu’a en lieu cette lâche agression, sous les regards de ces camarades avec lesquels lui, Thor, a si souvent échangé des preuves de fidélité réciproque.

Est-il possible que la passion et les circonstances puissent ainsi transformer les sentiments!

Tandis qu’il rumine ces tristesses, il croit percevoir le travail lent d’une machine, mais non plus d’un moteur, comme à bord des sous-marins. Cette fois, c’est le souffle régulier d’une chaudière qui bat tout près de lui, dans sa nouvelle demeure.