—L’Allemagne en serait-elle là? Même un officier qui fait de l’opposition!
—Majesté, je me place entre les partis, rectifie Thor.
—Non!... non! s’écrie alors le capitaine de cavalerie d’Unstett, qui s’est porté d’un bond en avant. C’est un parjure qui parle à Votre Majesté, un renégat qui trahit ses origines et la foi jurée à l’empereur.
Il semble à Thor de Tornten qu’un flot de sang voile ses yeux. L’outrage de cet homme, qu’il a toléré en sa présence, alors que, bien souvent, il a dû se retenir pour ne pas le châtier, exaspère sa haine. Il sent ses muscles se crisper et s’avance vers l’officier de cavalerie, tandis que le kaiser, sans mot dire, se détourne et quitte la pièce.
—Vous osez me dire cela, vous, Unstett, traître à l’amitié, profèrent les lèvres de Tornten en un cri de rage. Vous qui avez sur la conscience le crime d’avoir privé un enfant de sa mère, vous que, pendant cette traversée, j’ai évité de voir, afin de n’être pas tenté de vous punir comme vous le méritez, vous qui êtes plus méprisable et plus vil que le plus lâche des agitateurs du peuple!
—Taisez-vous et ne remuez pas des incidents qui doivent, aujourd’hui, rester au second plan, répond le capitaine de cavalerie, non moins enflammé de colère. Taisez-vous, ou je devrai me rappeler que vous avez porté la main sur moi.
—Oui, cette même main qui maintenant ne fera pas un geste pour vous seconder vous et vos projets maudits! s’écrie Tornten. Cette main qui s’emploiera au contraire à déjouer vos entreprises scélérates, à défendre la paix dans la patrie!
—Abattez-le, hurle Unstett, il faut le rendre inoffensif, le traître!
Thor ne voit plus qu’une chose: son adversaire a saisi, tellement vite qu’il lui a été impossible de s’y opposer, une des légères banquettes et la brandit maintenant.
Puis, il ressent à la tête un choc furieux et s’écroule comme une masse.