—Une main étrangère? s’écrie le kaiser hors de lui.
—Majesté, je mentirais si je ne disais que la famille de Hohenzollern est devenue étrangère pour l’Allemand. Sa conscience s’est formée et il ne se croira libre qu’autant que siégera à la tête de la nation un gouvernement de son choix.
«Que ce soit la meilleure voie pour le salut des peuples, je ne saurais le juger et ce n’est pas mon affaire de me prononcer. Mais je crois de mon devoir d’avertir Votre Majesté que, dans ces dispositions du peuple allemand, la résistance est certaine contre toute tentative de restauration de l’ancien régime.
—Tous les Allemands ne pensent pas de même, intervient Kammitz. Une grande partie du peuple aime toujours et encore le kaiser.
—C’est bien là qu’est le danger, réplique Tornten, aussi intrépide qu’avant. Si l’Allemagne était unanime dans ses aspirations—d’une façon ou de l’autre—une décision interviendrait rapidement et sans troubles, soit qu’elle admette le rétablissement du trône, soit qu’elle le repousse.
«Mais deux camps sont dressés l’un contre l’autre, la lutte est fatale et, avec elle, deviennent inévitables tous les maux dont elle menace le peuple.
A cet instant, Unstett et Sellenkamp sont entrés.
Ils ont entendu les dernières paroles de Tornten, car ils échangent un regard de stupeur avec Kammitz qui n’ose plus tenir tête à l’importun.
Muet il est, muet il demeurera pendant les événements qui vont se dérouler.
Le fugitif de Mas-a-Tierra, au contraire, relève les yeux et s’écrie avec un doute amer: