La main de l’industriel cherche dans la nuit celle de son ami et la presse. Ensuite Tornten attire sa couverture près de celle de Grotthauser et s’allonge tout contre lui.
—Tu dois en savoir plus long que moi sur ce qui nous est arrivé? s’informe-t-il à voix basse. Où sommes-nous et comment y avons-nous été amenés?
—C’est bien simple, réplique l’autre. Nous sommes dans la cale d’un vapeur dont nos ex-amis se sont emparés; on nous y a traînés, toi, sans connaissance, et moi de force.
—Les malheureux! Ils ont donc réalisé leurs projets?
—Ils apportent, à ramener le kaiser en Allemagne, la même énergie avec laquelle ils nous avaient aidés à le délivrer.
—Quel a été ton sort depuis que nous avons quitté Juan-Fernandez?
—Celui d’un aveugle qui ne sait rien de ce qui se passe. Et cependant, j’avais vu plus clair que toi et je t’avais prévenu, Thor. Mais je n’étais pas au courant des dernières combinaisons. Tandis que ton sort se décidait, on me retenait près des moteurs à de vaines besognes.
«Je n’ai su que plus tard ce qui s’était passé.
«Comme, dès le début, j’avais refusé de prêter la main à toute tentative de restauration monarchique, on s’est débarrassé de moi après t’avoir réduit à l’impuissance.
«Ils nous ont, d’abord, enfermés tous les deux dans le magasin d’armes, connaissant mon inaptitude à me servir de n’importe quel fusil et te sachant hors d’état de songer à la résistance. Là, je t’ai soigné comme j’ai pu, car tu avais été assez mal accommodé par l’un d’eux, j’ignore qui.