—Unstett, lance Tornten, tremblant d’indignation.
—Unstett! s’écrie Grotthauser, cela ne m’étonne plus. Il a trouvé ce moyen d’assouvir sa rancune, il aurait peut-être même poussé les choses plus loin, mais les autres, et, probablement le kaiser, ont dû l’en empêcher.
«Ils font pour nous ce qu’ils peuvent, mais c’est bien peu, car toutes les facultés sont tendues vers le but du voyage.
«Ils nous ont laissés dans le magasin d’armes, sans même se préoccuper de nous, pendant des journées. Un beau soir, ils parurent subitement et te halèrent sur le pont. J’ignorais ce qu’ils faisaient et dans quel but; aussitôt après, d’ailleurs, ils sont revenus me chercher, m’obligeant à les suivre.
«En arrivant au plein air, je vis notre croiseur amarré auprès d’un petit navire anglais que les partisans du kaiser avaient arrêté et forcé à modifier son itinéraire. On nous a transportés si vite d’un bord à l’autre, pour nous enfouir aussitôt dans cette cale que je n’ai pas pu lire le nom du navire.
«Depuis lors, des jours et des nuits se sont succédé, et, qui sait dans quelles eaux nous naviguons aujourd’hui.
—Ils ne réussiront pas à atteindre la patrie, estime Tornten, connaissant les difficultés qu’ils vont rencontrer dans leur navigation.
—Tu méconnais la valeur du comte Kammitz et de ses associés.
«Hier, Rieth m’a apporté à manger; c’est un brave garçon et qui nous témoigne quelque pitié; il déplore qu’il n’y ait pas eu d’autres moyens de nous immobiliser que ce procédé brutal. Par lui, j’apprends pas mal de choses.
«C’est ainsi qu’il me racontait hier que, jusqu’ici, le voyage s’est poursuivi sans incidents. On peut même dire qu’ils ont eu de la chance, ces messieurs qui veulent rendre un kaiser à l’Allemagne. L’Anglais faisait route sur Greenwich et avait des papiers de bord qui ont déjà servi deux fois aux Allemands pour leur nationalisation.