«Une fois, un Français, une autre fois même, un Anglais, nous ont arraisonné, car tous les navires sont rigoureusement surveillés. L’univers entier s’est donné le mot pour faire la chasse au kaiser; on craint, en effet, que ses libérateurs ne fassent l’impossible pour le ramener en Allemagne.
—Mes camarades parlent l’anglais comme leur propre langue, dit Thor pensif, ils n’ont pas dû avoir de peine à tromper les patrouilleurs.
—En effet, Kammitz, qui se donne pour le capitaine, n’a pas eu fort à faire pour duper Anglais et Français, d’autant que l’ancien équipage du bord est, comme nous, à l’ombre et à l’abri de bonnes cloisons de bois. Ainsi, les officiers de marine font gaiement route vers la patrie, et tu les verras, sous peu, atteindre le but qu’ils se sont proposé.
—Je ne puis le croire, car la mer du Nord doit subir un blocus sévère.
—Et quand cela serait? Est-ce que, pendant la guerre, nombre de navires allemands ne sont pas passés à travers les lignes ennemies?
—Tu as peut-être raison, répond Tornten après un court moment de réflexion; il m’est, d’ailleurs pénible de souhaiter malheur à ces hommes, malgré leur conduite à notre égard. L’avenir dira qui de nous avait raison... eux ou nous?
—Je crois bien que l’avenir ne fera que confirmer nos pronostics, opine Jacob Grotthauser.
Thor ne répond plus. Il s’allonge épuisé sur sa couverture et s’abandonne doucement au rythme berceur de la machine en marche.
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Tandis qu’il se laisse bercer par ses rêves, une petite lumière s’allume devant ses yeux. Une porte s’est ouverte, par où s’introduit un matelot qui s’avance vers les deux prisonniers. Il tient à la main une lanterne dont il se sert pour éclairer ses pas et qu’il soulève, ensuite, pour apercevoir les occupants de la cale.