—Huit jours encore! gémit Grotthauser.
—J’ai besoin de soins; mes anciennes blessures de la tête me font souffrir comme si elles dataient d’hier, se plaint Tornten.
Sellenkamp hausse les épaules:
—Je ne puis vous venir en aide, Tornten, que si vous nous revenez et vous associez à notre œuvre. C’est, d’ailleurs, en partie, ce qui m’avait amené. Pendant la traversée, le kaiser s’est informé de vous et a témoigné, à diverses reprises, le désir de vous rallier personnellement à sa cause.
«Rittersdorf et Unstett se sont toujours opposés avec véhémence à ce qu’on vous mette en sa présence. Mais je crois le kaiser très bien disposé et je suis persuadé qu’il vous pardonnerait volontiers.
—Pardonner! dit Tornten non sans amertume. Il n’en dit pas davantage, mais son silence n’est pas difficile à interpréter.
—Vous vous entêtez, Tornten, conclut Sellenkamp furieux, en saisissant sa lanterne. C’est vous qui en supporterez les conséquences! Lorsque tout le monde acclamera joyeusement le kaiser, vous serez écarté de ses côtés, vous resterez isolé et n’aurez aucune part à cette joie immense.
—Cette joie immense! répète encore pour toute réponse l’officier prisonnier.
—A votre aise, Tornten! crie le pseudo-matelot en se relevant. J’ai conscience d’avoir fait tout mon devoir envers vous.
Puis, il gravit, pour sortir, les quelques marches de l’échelle de bois et disparaît en rejetant violemment derrière lui la porte de la cale.