—On a attiré l’enfant et la jeune fille dans un guet-apens, suggère Grotthauser.
Sans prononcer une parole, Tornten s’élance pour aller fouiller l’appartement. Il en visite toutes les pièces où il aurait pu rencontrer Carry et le petit s’ils n’avaient été éloignés par une infâme manœuvre. Il lui semble cependant que, derrière chaque porte qu’il ouvre, il va trouver les deux êtres si tendrement chéris.
Hélas! ses recherches ne font que confirmer la triste certitude, et, après avoir parcouru toute la demeure, il revient à son cabinet de travail où l’attend Grotthauser.
—Ils sont partis, perdus pour moi! s’écrie-t-il en s’effondrant dans les bras de son ami.
—Tu les retrouveras, affirme ce dernier, qui le dépose avec mille précautions dans le large fauteuil du bureau.
VII
Des jours se sont encore écoulés, combien? Thor ne peut l’évaluer, lorsqu’un soir, à la faveur de la nuit, il voit revenir Carry. Il fait sombre, Tornten se tient à l’une des fenêtres de son cabinet de travail et regarde tristement l’ombre mélancolique et brumeuse d’une soirée d’automne, quand il perçoit la sonnerie de la porte.
La voix de Toman se fait entendre aussitôt, alternant avec une autre voix que l’officier aux écoutes ne définit pas et, avant même qu’il ait pu identifier la personne qui vient d’entrer, la porte de son bureau s’ouvre.
C’est la jeune Anglaise.
—Carry! s’écrie-t-il dans un sursaut joyeux.