Sans une parole, elle se jette à son cou, sans un mot, elle l’embrasse, mais, en même temps, de lourds sanglots secouent sa poitrine menue qu’elle presse contre lui. Tous deux s’abandonnent à l’ivresse de se retrouver, avec tant d’ardeur qu’ils n’ont pas remarqué le geste discret de Toman qui s’est éclipsé en refermant, sans bruit, la porte.

—Carry! te voilà de nouveau près de moi et ta présence chasse toutes mes peines, murmure doucement Tornten qui cueille amoureusement les larmes aux yeux de son aimée.

—Otto!... Ils m’ont volé le petit, sanglote-t-elle.

L’homme a frémi, il a laissé retomber le bras qui retenait contre lui la gracieuse enfant et Carry chancelle, s’appuyant à une table.

—Où est mon fils? interroge Tornten presque durement.

Calmé par l’attitude humble et sincère de la jeune fille, comprenant et regrettant son injustice, l’officier la prend doucement par la main et la conduit vers un fauteuil, sur lequel, épuisée d’émotion, elle se laisse tomber.

Il semble que sa douleur excède ses forces; elle a pris la main de Tornten qu’elle appuie sur son front brûlant et cherche à ordonner ses pensées, tandis qu’il lui parle tendrement.

—Carry aimée, donne-moi seulement l’assurance que mon enfant est vivant! implore-t-il. Déjà ta présence me console presque de la disparition du petit; pourvu qu’il vive, mon Otto! Aie pitié! Rassure-moi et n’augmente pas mon chagrin par l’incertitude.

—Oui, finit-elle par répondre, Otto est vivant.

—Alors, rien n’est perdu. Te l’a-t-on volé?