—Oui, Thor.

—Raconte-moi, Carry, tout ce qui s’est passé. Tu vois, je suis près de toi, tes mains dans la mienne, et je n’ai pour toi que de la reconnaissance de tout le bien que te doit mon fils. C’est te dire combien ferme est ma conviction que tu as tout fait pour le mieux, quoi qu’il soit arrivé.

—Thor, je te remercie de ta confiance. C’est effrayant ce que j’ai pu éprouver!... Tu sais que je suis partie à Munich pour te rejoindre?

—Oui, Toman m’a mis au courant. Mais la dépêche était fausse.

—Comment aurais-je pu m’en douter? Malgré l’agitation qui règne partout, à cause du retour inopiné du kaiser, j’ai résolu immédiatement d’y obéir et de faire avec l’enfant le voyage de Munich. Il faut que tu saches que c’est pour toi que j’ai affronté le danger, pour te revoir et te ramener ton fils.

Il la remercie d’un baiser qu’il presse sur sa douce main.

—Nous sommes donc partis, ton fils et moi, dans un train bondé, pour Munich, où nous sommes arrivés sans incidents.

«Mais là, dès la gare, nous tombons dans une indescriptible confusion.

«Il paraît qu’on ne pouvait s’aventurer dans les rues, parce que la bataille était engagée, entre les troupes du gouvernement, en parties ralliées au kaiser, et des ouvriers en armes.

«Nous entendions une fusillade ininterrompue; sous nos yeux, on traînait des blessés, voire des mourants sous le hall de la gare, où on les couchait, pour leur donner des soins ou les laisser passer en paix dans l’espoir d’une autre vie meilleure. Ah! quels tableaux d’horreur et d’épouvante nous avons pu voir, ton fils et moi!