«Comme ton télégramme disait que tu viendrais nous attendre, nous te cherchions... en vain naturellement.
«En revanche, un homme s’approcha de moi et me demanda si j’étais Carry Bolton. Sur ma réponse affirmative, il prit le garçonnet par la main et m’avisa qu’il m’était envoyé par toi, pour nous emmener te rejoindre. Tu te serais trouvé engagé, avec les troupes impériales, suivant son dire, dans la bataille et n’aurais pu venir pour cette raison.
«Je n’avais aucune raison de ne pas ajouter foi au récit de ce misérable et je me disposais à le suivre avec l’enfant, quand il s’informa si je m’étais occupée des bagages. C’était un souci qui, dans le désarroi des choses et des gens, m’avait totalement échappé.
«Il m’offrit, alors, de m’attendre avec l’enfant, tandis que j’irais réclamer notre malle. De cette façon, il s’était défait de moi, sotte que j’étais et qui n’avais pas vu clair dans son jeu.
«Les écailles ne me tombèrent des yeux que lorsque je revins, accompagnée d’un employé qui portait la malle.
«J’eus beau chercher l’enfant et son gardien: tous deux avaient disparu.
«Tu peux t’imaginer ce que j’ai souffert dans les minutes, dans les heures qui suivirent. Je m’étais aussitôt rendu compte de ma faute. Jamais je n’aurais dû laisser le petit seul sous la garde d’un inconnu. Je parcourus toutes les salles, tous les halls, tous les recoins de la grande gare, mais, dans l’affolement qui régnait autour de moi, il était impossible de trouver un secours.
«C’est en vain que je demandai assistance à la police; elle avait d’autres besognes que de chercher un enfant. C’est inutilement que je m’adressai à tous les voyageurs que je rencontrai; aucun ne pouvait me renseigner.
«J’essayai de sortir de la gare, ce fut bien pis; déjà les abords en étaient envahis par des hordes sauvages qui combattaient les troupes de l’empereur. Dans mon voisinage immédiat, on tirait des coups de fusil et je vis tomber près de moi des hommes blessés.
«On m’arrêta, on me traîna sous l’abri que procurait encore la gare. Là, on m’interrogea, me demandant d’où je venais. Je fournis tous les renseignements possibles et suppliai les gens qui m’entouraient de m’aider à retrouver le petit. On se moqua de moi; on m’enfourna dans un wagon, où je m’effondrai de fatigue et... l’on fit partir le train dans lequel je me trouvais et qui devait, disait-on, être le dernier sur Berlin.