«Voilà comment je suis revenue. Crois-moi, Thor, je suis innocente de la disparition d’Otto. J’aurais tout fait, tout donné, pour le retrouver. Mais les circonstances étaient trop fortes pour une faible femme comme moi.

Thor de Tornten penche la tête douloureusement et dit:

—Non, Carry, je sais qu’il n’y a pas de ta faute, pas plus que de la mienne ou de n’importe qui. Ceux-là seuls en sont responsables qui ont organisé ce rapt.

—Tu crois que c’est Ilse?

—C’est elle et le capitaine d’Unstett qui ont enlevé l’enfant.

—Alors, il est près de sa mère, fait Carry dans un sentiment bien féminin, et sans doute heureux de se trouver près d’elle.

Thor ne répond pas tout d’abord et tous deux gardent le silence, mais, au bout d’un moment, il reprend, ému, ébranlé:

—Peut-être as-tu raison... c’est sa mère, après tout.

—Oui, continue Carry dans l’élan de sa bonté et la candeur de son cœur; peut-être est-ce une chose que la nature aurait réclamée un jour ou l’autre. Un enfant appartient à sa mère, quels que soient les dissentiments qui ont pu survenir entre ses parents.

—Laissons cela, fait Thor soucieux. Je hais cette femme et je n’avais contre elle qu’une arme: l’enfant. On me l’a enlevé et me voilà désarmé, tant que je n’aurai pas réussi à le ramener auprès de moi. C’est, pour l’avenir, le but que j’assigne à mes efforts. Aussitôt que l’ordre sera rétabli dans ce malheureux pays, j’entreprendrai l’impossible pour reconquérir mon fils.