—Tu feras comme tu l’entends, Thor, répond la jeune fille et, pour la première fois depuis des heures, elle a la détente d’un sourire, en attirant vers elle le visage de son fiancé. Tu peux, désormais, être sans inquiétudes sur le sort de ton enfant, car il n’a rien à craindre auprès de sa mère... Et dis-moi que tu m’aimes et me pardonnes!
—Je n’ai pas à te pardonner, mais à te remercier! dit-il avec une grande tendresse, l’embrassant dans toute l’ardeur de la passion dont il ressent, en ce moment, la violence.
Il la represse si fort contre lui qu’elle est prête à crier.
—Quand vas-tu m’appartenir enfin? demande-t-il tout bas, d’une voix brûlante et caressante, et il s’étonne d’une sensualité à laquelle il est d’ordinaire si étranger.
—Aussitôt que je serai ta femme, Thor, répond Carry qui semble elle-même en proie à des sentiments inaccoutumés, car elle tremble de tous ses membres et couvre son fiancé de baisers ardents.
—Pourquoi attendre? implore-t-il. Tu connais ma décision irrévocable de t’installer à mon foyer, comme la compagne de ma vie. Ne me refuse pas un bonheur que j’aurais goûté déjà, si les événements ne nous avaient pas séparés.
—Thor!... ce serait mal, murmure, dans un souffle, la jeune fille, folle d’angoisse et d’effroi et cependant déjà plus faible, dans sa tendresse pour celui qu’elle aime. Qui sait ce que l’avenir nous réserve?
—Qui sait s’il n’apportera pas de nouveaux obstacles à notre bonheur et à notre amour? Qui sait, Carry, si nous pourrons jamais être l’un à l’autre? Celui qui ne saisit pas le bonheur quand il se présente, est un maladroit.
—Non!... Non! Thor, implore-t-elle.
—J’ai peur, Carry, que cette heure nous prépare bien des regrets, fait Thor déçu.