Le petit homme a, d’ailleurs, sauté assez lestement dans la pièce. Enveloppé d’un grand manteau, le visage abrité par un chapeau à larges bords, tel apparaît l’industriel devant l’officier, ainsi que devant la jeune Anglaise, qui s’est portée toute surprise à sa rencontre.
Il entr’ouvre son manteau, respire bruyamment comme un homme qui vient d’accomplir un effort surhumain et se laisse tomber dans un fauteuil.
—Un joli travail, plaisante-t-il, pour qui n’en a pas l’habitude!
Mais, tout aussitôt, il redevient sérieux, jette sur un meuble son vêtement et son chapeau en ajoutant:
—C’est un signe des temps, qu’à cause de ses opinions politiques un homme, par ailleurs irréprochable, soit contraint d’entrer par la fenêtre chez son ami d’enfance.
—Explique-nous donc, Jacob, ce que tout cela signifie?
—D’abord, donne-moi une fois encore ta main d’ami, que je la presse, fait le petit homme barbu, en secouant énergiquement la droite de Tornten; en même temps, il salue cordialement Carry, comme s’il la connaissait de longue date.
—Et, maintenant, reprend-il en s’asseyant, imité en cela par ses deux interlocuteurs, écoutez-moi. Ne croyez pas, surtout, que je sois venu chez vous par ce chemin mystérieux, uniquement pour ma propre sécurité. C’est, au contraire, et tout d’abord, mon cher Thor, avec le désir de ne te causer aucun ennui... Tel que tu me vois, je suis désormais un proscrit politique, trop heureux s’il réussit à se tirer d’affaire.
—Toi?... un proscrit! s’écrie Thor stupéfait.
—Et même, selon les apparences, un criminel qu’on veut à tout prix mettre sous les verrous.