«Partout les fidèles de l’empereur rencontrent l’opposition et si, au premier choc, la surprise leur a permis de s’emparer du pouvoir et de se substituer au gouvernement régulier, la volonté de la masse n’en reste pas moins inébranlable à ne pas tolérer plus longtemps l’usurpation de Guillaume de Hohenzollern et de son entourage.

«Dans le Sud, les adversaires du kaiser ont le dessus et une véritable guerre est imminente entre nordistes et sudistes.

«D’autre part, les impériaux ne sont aucunement sûrs du Nord lui-même. La guerre éclatera-t-elle d’Allemand à Allemand? c’est d’ici, de Berlin, que sortira la décision. Si nous ne réussissons pas, dans la capitale, à briser la puissance du Hohenzollern, la lutte entre les deux parties de l’empire est inévitable...

—C’est donc une iniquité à quoi nous nous sommes associés?

—Une iniquité, au premier chef! s’écrie Jacob Grotthauser. A partir du moment où j’ai constaté la volte-face de ceux qui, avec nous, ont arraché le kaiser de Mas-a-Tierra, je n’ai cessé d’avoir des remords. Vois-tu, dans cette affaire, nous avons été les instruments d’ambitieux, qui nous ont abusés.

—Ils le regretteront à leur tour, car la révolte va anéantir leurs espoirs! profère Tornten.

—Ce n’est pas si sûr que cela. Qui sait si le mouvement sera assez puissant. Tu vois déjà que je suis traqué, uniquement parce que je suis suspect de travailler contre le kaiser. J’en arrive à redouter que le salut ne vienne pas du peuple allemand, mais de l’extérieur, où certes le retour du kaiser n’est pas vu sans aigreur.

—Tu crois que les alliés, dont il était prisonnier...

—Ils sont unanimes, achève le petit homme, à vouloir mettre une prompte fin à cette tentative de restauration. Naturellement, le gouvernement impérial empêche la voix de l’étranger d’arriver jusqu’à nous, mais j’ai de bonnes sources d’information, d’où il résulte qu’on se préoccupe, dans les cercles de nos ennemis, d’étouffer dans l’œuf les desseins du kaiser et de son entourage.

«Nous nous trouvons déjà aussi isolés, en face de l’univers entier, que pendant la grande guerre. Déjà, la famine menace, nos usines sont fermées, faute de matières premières, et nos ennemis s’agitent, dans nos provinces de l’Ouest, pour les pousser à se séparer de l’empire.