«Le Sud aura l’appui de la France, de l’Angleterre et, surtout, des Américains. Ce sont eux qui se montrent le plus mécontents de la fuite et de la restauration du kaiser; cela se comprend et, parmi eux, ce sont, à coup sûr, ceux qui nous ont aidés à tirer le kaiser de Juan-Fernandez qui sont les plus acharnés. Ils ont été trompés et leur colère frappe l’innocent avec le coupable.

—Ces insensés ont appelé de graves malheurs sur la patrie qui avait un si grand besoin de paix, dit Tornten attristé.

—Et maintenant, ils vont tenter de noyer dans le sang, une volonté qu’il ne leur est pas donné de détruire, car elle porte en soi, la force de se renouveler. Pour chaque citoyen qui tombera en combattant pour la défense de la liberté du peuple allemand, dix se lèveront et offriront leur vie. Le progrès ne peut être enrayé et le progrès est contre le kaiser.

Thor se tait, puis avise doucement:

—Il m’est pénible de te suivre dans cette voie. Cependant, tu dois avoir raison: l’évolution suit une route différente de celle où se sont aventurés Guillaume de Hohenzollern et ses conseillers.

—Ils sauront plus tard à quel point ils ont fait fausse route, ajoute Grotthauser.

—As-tu entendu parler de nos indignes compagnons? s’informe Tornten. Que sont devenus Kammitz, Rittersdorf, Unstett et tous ceux qui ont pris part à notre coup de main de Juan-Fernandez.

—Ils sont dans le proche entourage du kaiser. Chacun d’eux est comblé d’honneurs, depuis que Guillaume de Hohenzollern dispose à nouveau de places et de prébendes. Si jamais le kaiser est victorieux, ce qui, en tout état de cause, paraît impossible en raison de l’intervention inévitable de l’étranger, ses libérateurs sont assurés d’être royalement récompensés.

En cet instant, une sonnerie résonnant à la porte d’entrée coupe court à l’entretien des deux amis. Grotthauser sursaute:

—C’est pour moi! fait-il en pâlissant.