Mais déjà Carry s’est élancée hors de l’appartement. On l’entend, dans le couloir, qui appelle Toman, puis, les deux amis qui prêtent une oreille anxieuse se rendent compte qu’elle parlemente avec un étranger. En effet, lorsque la porte se rouvre, pour la laisser passer, elle n’est plus seule; un homme l’accompagne que Tornten a, tout de suite, reconnu.
C’est Anton Kunst.
Comme jadis à Schwanbach, comme plus tard sur ce même seuil qu’il foule aujourd’hui, l’homme se tient un peu gauche, un sourire plutôt niais aux lèvres, devant le lieutenant de vaisseau qui se lève aussitôt et marche sur lui.
—Que faites-vous chez moi? interroge l’officier qui parle durement, car cet homme était contre lui, avec son maître, quand là-bas, sur la mer lointaine, s’est décidé le sort de l’empire allemand. Je ne vois pas ce que nous pouvons avoir à nous dire, vous et moi!
Kunst se révolte et secoue violemment sa tête ébouriffée de rouquin:
—Oh! rien de mal, commandant, réplique-t-il, mais vous ne devriez pas parler sur ce ton à un homme qui vous apporte une bonne nouvelle.
«Que puis-je contre les événements qui nous ont désunis? ajoute-t-il, comme s’il sentait la cause pourquoi Tornten lui tient rigueur. Chacun a ses opinions et le droit de les défendre; ce n’est pas une raison pour me traiter en chenapan.
—Et que puis-je attendre de bon, Kunst, de votre part?
—Ne vous manque-t-il rien, monsieur le commandant, et ne donneriez-vous pas cher pour le ravoir?
—De quoi parlez-vous? s’impatiente l’officier.