Mais Anton Kunst soulève une nouvelle objection:
—Ne croyez pas que cela soit si facile, monsieur le commandant! s’écrie l’ordonnance, dans une louable intention. Je ne sais même pas si ces messieurs réussiront à se faire conduire à Dahlem. La ville est remplie d’hommes armés et, par là, dans la rue Alexandre, on vient d’attaquer et d’anéantir une patrouille d’impériaux.
«L’insurrection générale serait déclarée, parce que les chefs du parti sozialdemocrat ont été arrêtés brusquement cet après-midi. Il paraîtrait qu’on va les transférer à Spandau, pour y être fusillés.
—Cela n’est pas possible, objecte Grotthauser, la révolte ne devait éclater que la nuit prochaine!
Kunst hausse les épaules:
—Je ne fais que répéter ce que j’ai entendu. Des faubourgs, descendent des bandes d’hommes munies de toutes les armes qu’on a pu trouver. Elles se dirigent sur le château où l’on s’attend au premier choc sérieux avec les troupes impériales. La foule est, pour le moins, exaspérée et exige que le kaiser se retire sans délai, pour céder la place à l’ancien gouvernement.
«Aucun véhicule ne circule à travers les rues; je serais surpris qu’il n’y ait pas encore eu de rencontres entre les troupes de l’émeute et les impériaux.
—Comment, en ce cas, pourrons-nous aller à Dahlem? fait Tornten tourmenté.
—Essayons toujours, propose Grotthauser. Les trois hommes et Carry Bolton s’engagent dans le couloir qui mène à l’antichambre; arrivés là, Thor enveloppe Carry d’un manteau, se couvre lui-même contre la fraîcheur de cette soirée d’automne et quitte la maison avec ses compagnons, sans avoir dit à Toman où il doit se rendre; il a pensé, en effet, à Grotthauser et n’a, en son domestique qu’une confiance modérée.
—Devant la maison règne un calme parfait; la rue est entièrement vide de passants, mais des détonations isolées, dans le lointain, apportent l’écho de la bataille engagée.