Thor frissonne et Jacob Grotthauser hoche la tête, comme pour marquer à quel point, lui et le lieutenant de vaisseau, avaient raison.
Le chauffeur s’impatiente:
—Partons-nous?
—Oui, nous partons, répond Tornten, aussitôt résolu.
—Vous verrez bien jusqu’où vous irez, fait le donneur de conseils qui hausse les épaules.
Carry monte la première dans le coupé, suivie des deux hommes. A peine la portière est-elle refermée que la voiture, dont le moteur ronfle doucement depuis un moment, se met en route.
Pendant les premières minutes du trajet, Thor et Grotthauser s’entretiennent de ce qu’ils viennent d’apprendre de la bouche de l’étranger.
—Il n’y a plus à en douter! de toutes façons une lutte criminelle, de citoyen à citoyen, est irrémédiable, fait l’industriel attristé, et j’ai peine à croire que la journée de demain apporte une décision. Si les impériaux sont vainqueurs, il leur reste encore tout l’empire à soumettre, et, si les braves qui luttent pour leur liberté et celle d’autrui prennent le dessus, cela n’implique pas que la cause du kaiser soit irrémédiablement perdue.
—L’ennemi extérieur n’a, du reste, pas dit son mot, ajoute Thor. Il aura beau jeu à tomber sur ce pauvre peuple, tout meurtri par des luttes intestines.
—Il n’y aura même pas à résister! Du moment que la paix intérieure craque, l’Allemagne se trouve livrée, sans volonté, comme sans défense, aux exigences des alliés.