Quelques-uns, dont les traits révèlent qu’ils n’ont pas envie de plaisanter en cette nuit où le sang coule dans tout Berlin, ont dirigé sur les voyageurs des fusils menaçants, tandis qu’aux deux côtés du chauffeur d’autres, le revolver au poing, sont prêts à forcer son obéissance à la moindre velléité de résistance.

La voix retentit encore dans l’intérieur de la voiture:

—Allons, dehors, et vivement!

Grotthauser saute le premier sur la chaussée. Thor le suit et aide Carry à quitter l’auto. L’usinier se tourne vers celui qui les a interpellés, se nomme et décline les qualités qui doivent le faire bienvenir aux yeux de ces gens.

—N’importe qui peut m’en dire autant, répond le chef du groupe, un petit homme courtaud, aux cheveux rouges. Moi, je ne vous connais pas.

Grotthauser s’irrite et cherche dans la poche intérieure de son vêtement.

—Je puis justifier mon dire, réplique-t-il.

Mais au bout d’un instant il retire, tout décontenancé, ses mains vides et déclare:

—J’aurai perdu mes papiers!

—Voyez-vous cela!... Ah! il fait bon ne pas se laisser intimider, raille le garde rouge, féroce. Vous m’êtes maintenant, cher monsieur, plus suspect qu’avant. Remontez en voiture, vous et vos compagnons; nous allons nous rendre au commando du groupe N. E., place Alexandre; vous vous y expliquerez et l’on décidera ce qu’il faut faire de vous.