Dans la pièce simplement meublée, on n’entend que la respiration sifflante de Carry ou un sanglot qui s’échappe de la poitrine du colosse blond, à ses côtés.

Le concierge reparaît. Il est accompagné d’un vieillard à barbe grise, le médecin, qui a en toute hâte endossé une blouse blanche et pris à tout hasard sa trousse de chirurgien.

Sans perdre de temps en salutations oiseuses, il court vers le lit où l’on a déposé Carry, se penche sur celle-ci et examine attentivement sa blessure.

Thor de Tornten scrute la physionomie du vieux docteur. Sans pouvoir préciser dans quelles circonstances, il a l’impression de l’avoir déjà rencontrée, de l’avoir eue à diverses reprises devant les yeux. Mais, en ce moment, l’anxiété de connaître le sort de Carry annihile toutes ses facultés.

Le médecin se redresse en esquissant un geste d’impuissance.

—Je crains que toute science humaine soit inutile.

Un cri sort des lèvres de Thor, qui tombe sur ses genoux, près du lit. Il sanglote éperdument en appelant Carry avec des accents si déchirants qu’il semble vouloir, par le son de sa voix, rappeler à la vie l’agonisante.

—Une opération n’est-elle pas possible? entend-il Grotthauser demander au médecin, près de lui.

—Elle est en tous cas inutile, car le projectile a pénétré par la région dorsale pour ressortir entre la troisième et la quatrième côte, sans déterminer aucun lésion apparente. Il faut croire qu’il s’est produit une hémorrhagie interne. Cependant, je vais appliquer un pansement, conclut le docteur.

Tandis qu’il s’occupe de Carry, la douleur de Tornten fait place à un sentiment de colère et de haine contre ceux qu’il accuse d’être les auteurs des atrocités et des malheurs qui ensanglantent cette nuit d’automne.