Si elle doit mourir, la douce fille qu’il chérit, il se promet de tirer de sa mort une vengeance qui soit digne d’elle... D’ailleurs, elle ne peut pas mourir, songe-t-il soudain, tout en contemplant anxieusement son pâle visage comme pour tenter de déchiffrer le sens des tressaillements qui le parcourent et des convulsions qu’y produit la souffrance.

Mais elle s’éveille sans qu’aucune intervention ait déterminé ce retour à la vie suspendue; elle lève les yeux et son regard rencontre celui de Tornten, agenouillé à ses côtés.

—Carry! s’écrie-t-il dans un mouvement de joie et de crainte à la fois.

—Où suis-je? demande-t-elle.

Mais elle parle si bas que le son de sa voix ne parvient à l’oreille de l’homme agenouillé que comme un souffle léger.

—Tu es à l’abri, Carry. Mais, dis-moi, comment te sens-tu?

—Si libre... si légère... si...

Elle se tait et, dans l’angoisse qui l’étreint, Tornten plonge son regard dans ses yeux. Il la voit s’en aller, il la voit mourir aussi distinctement que s’il mourait lui-même avec elle. Aucun son ne vient à ses lèvres, aucun pleur ne monte à ses yeux. Muet, il assiste au départ pour l’éternité de tout ce qui lui reste sur la terre; muet, il se jette sur la morte et couvre son corps de baisers...

Quand il veut se relever, ses jambes se refusent à le soutenir, et il retombe lourdement, sans voix, sur le sol...

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