—La sentence: douze balles dans la peau!... Est-il répondu dans un grondement de tonnerre, tandis que le scintillement des étoiles se noie et se perd dans la fumée et dans le sang...
IX
Dehors, l’aube blanchit. Dans la lucarne carrée de l’étroite cellule, les premières lueurs d’un jour indécis flottent et se glissent à travers les barreaux de fer. Le froid filtre par les crevasses, par les fentes des moellons mal assemblés; l’air, empuanti, sent la pourriture et donne la nausée. Du plafond suinte une humidité abondante qui inonde le sol d’une boue visqueuse.
Où donc Tornten est-il?
Il se le demande, car il éprouve et vit ce spectacle; ses yeux reflètent, son esprit embrasse le triste spectacle de misère et d’horreur sans qu’il ait lui-même l’impression de froid et d’humidité, sans que l’odeur de charogne pénètre ses sens.
Ce n’est pas lui qui est dans le cachot lugubre, assis sur le tabouret devant la misérable fenêtre ou étendu sur le lit de camp, où repose pourtant un corps.
A-t-il la faculté de planer au-dessus de toutes ces laideurs ou bien les contemple-t-il simplement par une ouverture du réduit? Mais non, il peut s’y déplacer, s’approcher de l’étroite lucarne et regarder en bas, dans la cour de la forteresse. Rien ne l’empêche de se pencher sur l’hôte silencieux du lit de camp, où il reconnaît Grotthauser qui dort là d’un sommeil agité, peuplé de cauchemars et de visions d’horreur. Dans ce moment même, en effet, il a de grands gestes de bras comme pour repousser une apparition terrifiante.
Il s’éveille.
—Jacob! a crié Tornten.
Le dormeur s’est redressé, s’est assis sur le bord de sa couchette, a caché sa tête dans ses mains, mais n’a pas paru l’entendre.