—Jacob! a répété Tornten, en essayant d’enfler la voix.
Mais elle retentit si sombre et si creuse que lui-même en est saisi d’angoisse.
De son côté, Grotthauser n’a pas un mouvement vers son ami; rien n’indique qu’il ait perçu son appel. Thor pose la main sur l’épaule du prisonnier et le secoue, mais il ne s’éveille pas de sa rêverie et n’a pas l’air d’avoir senti le contact; il soupire profondément et persiste dans son indifférence.
...Et Thor de Tornten découvre ainsi qu’il n’est lui-même qu’une Idée.
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Le jour naissant, d’un gris de plomb, monte à travers les barreaux de la cellule et Thor distingue de plus en plus nettement Jacob Grotthauser et son ambiance.
Derrière l’huis se fait entendre un bruit de voix et de pas. Une clef grince dans la serrure et la porte s’ouvre. Dehors, dans un couloir qui flaire le salpêtre et la vermine, des soldats s’alignent à la lueur d’une lanterne.
Un officier entre, suivi de deux gardiens. Il s’adresse à l’homme taciturne, toujours assis sur le rebord du lit de camp:
—Jacob Grotthauser, prononce-t-il.
Celui-ci se redresse en s’écriant: