—Est-ce donc déjà l’heure?

—Elle est proche... Ne me rendez pas ma tâche difficile.

Parmi les soldats, devant l’entrée du cachot, apparaît un civil qui pénètre dans la cellule. C’est le prêtre qui va assister le condamné dans son dernier voyage. Il place son bras sous celui de Grotthauser et entraîne doucement le petit homme barbu au dehors.

Thor de Tornten veut crier, car il sait maintenant ce qui va se passer, mais il sent que sa voix ne rend aucun son. Il suit, par les couloirs étroits et moisis, les soldats qui escortent et encadrent Grotthauser; il entend les paroles consolatrices du pasteur; lui-même voudrait parler à son ami, la douleur l’étreint; mais ses efforts restent vains, il flotte comme une Idée derrière le cliquetis des armes et assiste, impondérable et impuissant, à toute la cruauté du spectacle.

Ils arrivent dans la cour qui semble plus sombre encore en ce moment même où toute la lumière du matin l’emplit. Entre les pavés pousse une herbe d’automne d’un vert grisâtre; gris sont les murs, gris est le ciel qui éclaire cette minute, gris semblent à Thor de Tornten les visages des nommes casqués, et gris encore les traits du condamné et du pasteur qui l’assiste.

L’officier lit la sentence. Thor l’entend mot pour mot, mais les mots n’ont pas de sens pour lui; quelques-uns, seulement, isolés, accrochent son esprit et sa mémoire.

...Haute trahison... Participation à la révolte... Conseil de guerre... Cour martiale... Mort!...

Mort! ce dernier mot l’a frappé comme un coup de massue.

Atterré, il s’élance vers Jacob Grotthauser qui n’a pas entendu la voix monotone du greffier, mais il constate à ce moment qu’il n’est visible pour personne, ni pour le condamné, ni pour ses bourreaux, et, cependant, lui-même il perçoit les exhortations du pasteur et la réponse de Grotthauser:

—C’est bon, mon révérend, je crois à tout ce qui, dans ce monde, est, a été ou sera bon et grand; et nul ne l’a été plus que Jésus-Christ, soit comme fils de Dieu, soit comme fils de l’homme.